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Thursday, October 3, 2013

Former South Yemen president under Hizbullah protection

Yemeni Foreign Minister Abubaker al-Qirbi said on Wednesday that  exiled former South Yemeni president Ali Salem al-Baid is living in Beirut under the protection of Hizbullah reported Naharnet.
Qirbi's comments were published  in pan-Arab Al-Hayat newspaper.
U.S. envoy to Sanaa Gerald Feierstein had told Al-Hayat in March 2012 that the United States believes Hizbullah and Hamas are helping Iran to expand its influence in Yemen at the expense of the country's Gulf neighbors.
Baid, the last president of the region before union and a member of the Southern Movement is opposed to national talks that began in Sanaa on March 18 and still campaigns for southern independence.
After the former North and South Yemen united in 1990, the south broke away in 1994, triggering a short-lived civil war that ended with the region being overrun by northern troops. ( Naharnet) ( Picture: credit Julie's IB econ BLog)

Tuesday, July 9, 2013

L’emprise de l’ Iran ainsi que la nature sectaire du conflit se précisent en Syrie


L’emprise de l’ Iran ainsi que la nature sectaire du conflit se précisent en Syrie selon deux articles du Monde. Selon Christophe Ayad, le remaniement des hautes instances du parti Baas à Damas annoncé lundi 8 juillet, après plus de deux ans d'un soulèvement contre le régime de Bachar Al-Assad  signale la sortie politique Farouk Al-Chareh du comité central ainsi que d’ autres figures sunnites. «Vétéran de la diplomatie syrienne sous Hafez Al-Assad, ce sunnite de 74 ans, originaire de Deraa, est le vice-président de Bachar Al-Assad. M. Al-Chareh avait exprimé ses réticences sur la stratégie répressive choisie par le régime, notamment contre sa ville natale de Deraa, berceau du soulèvement. Son nom a été régulièrement cité pour mener des négociations au nom du régime ou pour diriger un gouvernement de transition en cas d'accord politique » .

Son éviction, ainsi que celle d'autres personnalités sunnites s’est faite au profit d'alaouites, une secte chiite à laquelle appartient le clan Assad . Selon Jean pierre Filiu,  la victoire remportée le 5 juin, par le Hezbollah, dans la ville de Qoussair, représente également un tournant de la crise syrienne. Elle ne signifie pourtant pas que Bachar Al-Assad a repris la main sur les rebelles en Syrie, mais au contraire qu'il l'a perdue au profit de l'Iran et de ses supplétifs libanais. «  Car l'essentiel de la contre-insurrection urbaine est assuré par les commandos du Hezbollah, encadrés par les pasdarans iraniens – "gardiens de la révolution" – alors que l'armée du dictateur syrien assure le soutien de l'artillerie et de ses blindés » . Ce contrôle opérationnel de la part de l’Iran a été démontré en janvier, lorsque a eu lieu la libération de 48 ressortissants iraniens par la guérilla syrienne en échange de plus de 2 000 prisonniers aux mains du régime Assad.

Wednesday, May 4, 2011

Les druzes et Joumblatt :Du malaise à la contestation?


Cheikh Druze ( Wikipedia)


Que se passe-t-il au sein de la communauté druze? Depuis le retournement spectaculaire de son chef, Walid Joumblatt, le désarroi semble s’installer dans la Montagne. Ce malaise pourrait-il s’amplifier et modifier la balance des forces et le paysage politique au sein de la communauté?

En quelques mots bien pesés, l’ancien juge, écrivain et banquier, Abbas Halabi, membre de la communauté, résume la situation politique des «Mouwahiddine», en disant tout haut ce que d’autres pensent tout bas. «Une confrontation entre les druzes et le Hezbollah reviendrait au prix fort, ce que Walid Joumblatt a voulu éviter. Cela est sage de sa part. Mais un grand nombre de druzes ne sont pas d’accord avec cette politique, percevant les dangers d’une approche trop conciliatoire envers le Hezbollah qui n’a rien changé à son discours idéologique».
Membres d’une communauté très monolithique, les druzes se sont souvent démarqués des autres religions en raison de leur allégeance sans faille à leurs familles féodales, Joumblatt et Arslan. Après l’assassinat de son père, Kamal, en 1977, Walid Joumblatt reprend les rênes de cette minorité, son autorité dominant le paysage politique, le Liban étant alors plongé en pleine guerre civile.
Mais depuis quelques mois, le transfert de loyauté de Joumblatt, qui est passé du 14 mars antisyrien à une position médiane avant de se rallier au 8 mars pro-syrien, laisse de nombreux druzes désemparés. En effet, après avoir clamé haut et fort, durant plus de trois ans, la culpabilité de la Syrie dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005, Joumblatt change soudain de fusil d’épaule. Le mois dernier, il déclare son alignement «aux côtés de la Syrie et de la Résistance pour permettre au jeu politique de suivre son cours, loin des divisions sectaires». Il justifie également son alliance avec le 8 mars «pour faire face à la phase actuelle et ses complications, le pays se trouvant à un carrefour dangereux, depuis les prises de position politiques du Tribunal spécial pour le Liban».

On se trouve devant un renversement de situation qui retire aux druzes leur statut de faiseurs de rois, estiment certains. «On a l’impression que les druzes ne sont plus leaders mais de simples suiveurs», affirme le juge Halabi.
Cette opinion semble avoir une résonnance presque tragique dans les villages druzes ayant été la scène de violents combats avec le Hezbollah, en mai 2008. «Certes, nous pouvons comprendre le désir de Walid Bey de nous éviter l’ire du Hezbollah, mais ses positions jusqu’au-boutistes et son désir de s’aliéner encore une autre communauté (cette fois sunnite) nous déconcertent», commente Sana, une enseignante de Aley. D’autres rappellent qu’ils n’ont pas oublié pour autant les combats qui ont eu lieu dans le Chouf, à Choueifat ou Baysour, ayant provoqué un nombre important de victimes. Un ancien combattant du PSP rappelle: «Nous avons lutté lors de la guerre civile et savons quel est le prix des combats et nous ne voulons pas revivre cette expérience. Mais je ne vois pas pour autant comment le fait de courber l’échine sans l’obtention de garanties va sauvegarder notre intérêt à long terme. Nous avons été traités comme des ennemis en 2008 et Choueifat n’était pas pour autant Kyriat Shmona», ajoute Waël.
Au sein du Parti socialiste progressiste (PSP), certains affirment être inquiets de la pression militaire exercée par le Hezbollah sur la Montagne ces dernières années. «Bien que les cadres du Hezbollah tentent de coordonner leurs activités ou effectuent des visites de courtoisie de manière régulière chez certaines personnalités – ils ont rendu visite au maire de la ville de Aley, Wajdi Mrad, le mois passé, lui-même blessé au dos lors des combats de 2008 –, ils sont toujours présents dans notre secteur», déclare un membre de la municipalité de Aley. Depuis 2008, le Hezbollah aurait établi un poste sur la colline 888, d’une grande importance stratégique militaire, surplombant ce centre d’estivage. Cependant, cette information n’a pas pu être confirmée par Magazine. Le Parti de Dieu occupe également les anciennes fortifications construites par les Israéliens au-dessus de Niha dans le Chouf.
Néanmoins, certains comme Abir Adnan soutiennent les nouvelles prises de position de Joumblatt. L’évolution de la situation régionale, extrêmement défavorable au 14 mars et la mauvaise gestion du TSL suscitant, à leurs yeux, de nombreuses interrogations. «Je trouve plutôt étrange que soudainement le Hezbollah soit impliqué dans l’assassinat de Hariri alors que cela fait des années que les Américains et les Israéliens tentent de mettre fin à la Résistance. Je crois que les calculs de Walid bey sont tout à fait justifiés», ajoute-t-elle.
Une analyse également défendue par Rami Rayes, le porte-parole du PSP. «Le repositionnement du PSP est un retour aux sources, la communauté faisait partie des mouvements de Résistance depuis l’époque du prince Sultan Bacha el-Atrache, qui a combattu le mandat français. Le souci primordial de Walid Bey est de préserver la paix civile. Cette intention a été prouvée par la manière dont il a géré divers dossiers sensibles comme celui des deux Ziad (liés au PSP et ayant été assassinés en 2007) ou celui du 7 mai», ajoute-t-il.

L’ancien ministre Marwan Hamadé nie pour le moment le risque de voir le malaise druze se transformer en mouvement de contestation. Dans une entrevue à la chaîne satellitaire émiratie al-Aan, il déclare. «Les druzes ne vont pas se démarquer de Walid Bey. Ils peuvent avoir une autre opinion mais entre leur opinion et la prise de position à plus long terme il y a une grande différence. Il faudra également voir quelle sera la position de Joumblatt par rapport à l’évolution de la situation régionale».
Mais dans certains cercles druzes, les critiques se font plus acerbes à l’égard du chef de la communauté. On dit que l’un des contestataires à la politique de Walid Bey ne serait autre que son fils, en exil à Paris en raison des divergences familiales, une information qui n’a cependant pu être confirmée par Magazine. Le site Now Lebanon, évoque, lui, une proposition qui aurait été soumise lors des dernières assises du PSP organisées à l’hôtel Beau Rivage, une information confirmée par certaines sources à Magazine. Il y figurait une demande de débat autour du retour du parti au sein du 14 mars. «Cela est totalement faux, aucune demande n’a été soumise lors des assises. Il y a juste eu quelques interventions accompagnées d’une demande d’explications sur certains points du discours de Walid Bey. J’ai demandé à de nombreuses personnes qui ont assisté à cette réunion si elles avaient entendu parler d’une telle proposition mais personne n’en a eu vent», s’insurge Rayes.
D’autres doléances auraient été exprimées sans qu’un débat n’ait lieu. «Nous avons également demandé à ce que le rôle des druzes soit redynamisé dans la fonction publique. Nous avons l’impression que nous sommes marginalisés sans que Walid Bey ne se préoccupe de nos intérêts», se plaint un cadre du PSP sous couvert d’anonymat.
Un témoignage réfuté en bloc par Rayes qui s’étonne que de telles revendications purement communautaires puissent être débattues lors d’une réunion partisane comportant des membres d’autres confessions.
Joumblatt, en fin politicien, semblerait toutefois se méfier d’une possible contestation de sa politique au sein de sa communauté. Selon une source liée aux services de renseignement libanais, le leader druze chercherait à se rapprocher de ses anciennes gardes prétoriennes ayant participé à la guerre de la Montagne, et depuis longtemps écartée, ainsi que du cheikh Ali Zeineddine, féroce opposant au Hezbollah, qui avait pourtant profité par le passé des largesses de la République iranienne. Cette alternative serait une option dans le cas où l’opposition deviendrait trop virulente.
Des rumeurs qui n’ont toutefois pas pu être confirmées au sein de l’appareil officieux du PSP, plusieurs membres interrogés par Magazine ayant nié cette information. «Nous n’adhérons pas au concept de zones militarisées. Comme vous pouvez le constater, nous ne disposons même pas de gardes de corps, ces racontars sont complètement infondés», dixit Rayes.
En l’absence d’une réelle opposition qui serait également affaiblie par les clivages sectaires caractéristiques au Liban, Joumblatt demeure, semblerait-il, le chef incontesté de la communauté, malgré le malaise qu’elle traverse.
Mais paradoxalement, les commentaires du leader druze sur la révolution égyptienne, publiés dernièrement, semblent trouver un écho profond sur la place libanaise. «Nous nous dirigeons vers un nouveau Moyen-Orient où existent la liberté et la démocratie», avait-il dit. La semaine passée, des centaines de jeunes Libanais avaient scandé, «Le confessionnalisme est mauvais pour la santé, nous vous prions de vous en abstenir», «Révolution contre le féodalisme, contre la ségrégation!».
En effet, aujourd’hui, dans un Liban éduqué, de plus en plus jeune et de mieux en mieux connecté ce n’est pas le pouvoir d’un seul leader communautaire qui se joue, qu’il soit druze, chrétien, ou musulman mais celui de toute une classe politique… Mona Alami pour Magazine ( Décembre)

Friday, February 4, 2011

Qui seront les sortants?


Le retournement de la situation en faveur du mouvement politique du 8 mars, dominé par le Hezbollah désormais majoritaire, va se répercuter sur les postes-clés de l’Etat au niveau des institutions sécuritaires, de l’armée et du ministère de la Justice. Magazine enquête.

Quels seraient les premiers officiels à être écartés? Là est la grande question… La désignation de Najib Mikati au poste de Premier ministre, un homme d’affaires proche de la Syrie, et la formation prochaine d’un gouvernement qui se situerait dans l’axe syro-iranien sont annonciateurs d’un grand remue-ménage au sein de l’appareil de l’Etat.

La nouvelle majorité voudrait, en effet, se doter d’institutions étatiques la protégeant et permettant de neutraliser, du moins localement, l’éventuelle inculpation de certains membres du Hezbollah par le Tribunal spécial pour le Liban (TSL). Le TSL est chargé de juger les assassins de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.

«Nous ne savons toujours pas précisément quelles seront les personnalités qui seront destituées de leurs fonctions par le nouveau gouvernement, mais certaines sont déjà dans la ligne de mire du nouveau pouvoir», admet un commandant des Forces de sécurité intérieure (FSI).

Au niveau du département de la Justice, il est certain que la nouvelle majorité voudra se débarrasser des «bêtes noires», fers de lance du mouvement anti-syrien ayant caractérisé les années 2005-2011. En tête de liste, figure le procureur général Saïd Mirza, responsable de l’inculpation des quatre généraux: Jamil Sayyed, Ali el-Hage, Moustafa Hamdan et Raymond Azar, soupçonnés (sans que cela n’ait été confirmé) d’avoir tenté de couvrir les traces des assassins du Premier ministre sunnite. Le président du Conseil d’Etat Chucri Sader, un des artisans du TSL, serait sans doute courtoisement «remercié», vu son intégrité reconnue par tous les camps. «Les cinq juges, notamment Walid Akouni, Jocelyne Tabet, Afif Chamseddine et Ralph Riachi, nommés par le Liban au sein du TSL seront probablement écartés», déclare une avocate sous couvert d’anonymat.

Les principaux postes de l’armée sont déjà, en grande partie, verrouillés par le mouvement du 8 mars. «Le commandant en chef de l’armée, Jean Kahwagi, est proche du chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun. Cela est également le cas pour un grand nombre de généraux au sein de la Grande Muette», signale un lieutenant-colonel de l’armée. Le directeur de la Sécurité d’Etat, un poste confié au général Araa, un grec-catholique, nommé par le président de la République devrait rester dans ses fonctions. Il en serait de même pour le responsable du Tribunal militaire, le général Nizam Khalil, proche des mouvements chiites Amal et le Hezbollah. Les candidats au poste de directeur général de la Sûreté générale, également réservé aux chiites, seraient les généraux Abbas Ibrahim (proche du Hezbollah et actuel directeur adjoint des renseignements de l’armée) et Hassan Ayoub (proche du mouvement Amal). Le chef du service des renseignements de l’armée, Edmond Fadel, nommé par l’ancien ministre Elias Murr, membre du 14 mars, devrait être évincé au profit d’un proche du général Aoun ou du général Kahwagi.


Mais l’épuration du système par le nouveau gouvernement devrait surtout toucher les FSI. Le premier qui serait concerné est Achraf Rifi, le chef des FSI, suivi du colonel Wissam el-Hassan, responsable des services de renseignement des FSI et conseiller attitré de l’ancien Premier ministre Saad Hariri. «Cet officier est perçu comme l’un des instigateurs des «faux témoins» qui accusèrent la Syrie de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, durant les premiers mois de l’enquête», commente le commandant des FSI. Rifi partira-t-il? Sera-t-il remplacé par Hassan? Cette dernière éventualité semble peu probable. Un troisième candidat semble être en lice, le général Mounzel Ayoubi, qui aurait l’approbation du clan Hariri ainsi que celle de la Syrie, le général ayant étroitement collaboré avec le général syrien Rustom Ghazalé, ancien chef des renseignements de la Syrie au Liban.

Verrons-nous au final un remaniement d’envergure? «Tout dépend du Premier ministre et de la composition du nouveau gouvernement», ajoute la source. Le Premier ministre désigné est également confronté à un énorme dilemme. Rifi et Hassan sont tous deux originaires de Tripoli, la ville natale de Mikati, et c’est ce dernier qui avait nommé le général Rifi à la tête des FSI en 2005…

Mona Alami pour Magazine

Majdal Anjar: Bastion salafiste sous haute surveillance


Majdal Anjar est soumise à un véritable siège. Depuis l’agression contre un convoi de l’Armée libanaise par un résidant du village, qui a fait deux morts parmi les militaires, cette localité de la Békaa, réputée pour ses sympathies radicales, est sous haute surveillance. Au cœur des tensions, de jeunes militants.

«Les salafistes radicaux? Il y en a une trentaine résidant dans le village, principalement des jeunes aux prétentions salafistes et vouant une admiration à al-Qaïda», affirme un cheikh de la Békaa sous couvert d’anonymat. Désœuvrés, rêvant des plaines de l’Irak, ils imposent leur règne par la terreur. Certains d’entre eux s’illustrent même par des faits d’armes. En effet, en fin d’année écoulée, à la suite de la retransmission d’un documentaire sur les salafistes de la Békaa par la station émiratie el-Aan, ils s’attaquent au cheikh salafiste Adnan Oumama qui avait exprimé des critiques à leur encontre, en lui faisant exploser sa voiture.
Mais l’hostilité s’installe aux confins de vallée de la Békaa, là où s’élèvent les montagnes de l’anti-Liban, en séparant le pays du Cèdre de la Syrie. Durant le mois d’octobre, un dénommé Darwich Khanjar, un abaday (un homme fort du village), également connu pour ses tendances radicales, est appelé à la rescousse par le frère d’un déserteur, recherché par l’Armée libanaise. Selon certaines sources du village, Khanjar aurait pris d’assaut un convoi de l’armée patrouillant la région; l’attaque se solde par la mort du commandant Abdo Jasser et du sergent Ziad el-Mayss qui tombent sous une pluie de balles.

Ce n’est toutefois pas la première fois que ces jeunes militants se font remarquer. En 2008, plusieurs habitants du village suspectés d’appartenir à une mouvance radicale sont arrêtés. Au nombre de ces derniers figurent Tarek Abdel-Fattah Baydoun, un étudiant en biochimie, son frère et deux autres résidants de Majdal Anjar. Ils auraient été impliqués dans la préparation d’attentats contre les Casques bleus de l’Onu stationnés au Liban-Sud.
Les habitants accusent l’armée de laxisme. «Les forces de l’ordre n’interviennent généralement que trop tard», se plaint le cheikh. Darwich Khanjar aurait été connu des services de renseignement bien avant son attaque contre l’armée. «Il formait les adolescents au maniement des armes, en prêchant un discours fondamentaliste. On l’apercevait souvent entrant dans la mosquée du village, une arme ou des grenades accrochées à sa ceinture, mais personne ne s’est jamais interposé», souligne-t-il.
Il s’agirait d’une jeunesse sans repère, manipulée par des services de renseignement, murmure-t-on dans le village. Les habitants accusent ces mêmes services d’avoir exagéré et exploité la filière radicale lors des événements de mai 2008. A la suite des affrontements entre sunnites et chiites à Beyrouth, ces mêmes militants masqués bloquent le point de passage entre Le Liban et la Syrie en signe de protestation. «Ils ont été bien vite oubliés par leurs supporters», signale le cheikh, en faisant allusion au camp du 14 mars, alors majoritaire dans le gouvernement. Dans ce village sunnite de près de 25000 habitants, la majorité de ces derniers se veulent supporters du Courant du futur, à l’exception de quelques membres du Baas pro-syrien et du Parti syrien national social (PSNS).
D’autres personnalités du village comme Ali Abdel-Khalek, un des fondateurs avec le cheikh Ramzi Daychoum du mouvement Musulmans sans frontières, adoptent un discours plus nuancé. «La menace de ces jeunes est amplifiée par les médias. Al-Qaïda n’existe pas dans le village», dixit Abdel-Khalek. L’islamiste se dit toutefois inquiet de la trop grande pression exercée par l’armée sur les habitants du village. «Cela fait deux mois qu’ils encerclent Majdal Anjar, les habitants commencent à s’impatienter, cela ne va faire qu’aggraver la situation. Les gens des alentours se sentent en quelque sorte abandonnés et marginalisés par les autorités», observe-t-il.
Un témoignage confirmé par le cheikh qui s’exprime sous couvert d’anonymat. «Il se peut que certains de ces jeunes adhèrent à la pensée d’al-Qaïda, ils consultent sans doute les sites radicaux et s’inspirent de leurs idées, sans pour autant les mettre en œuvre. Ce mouvement n’a pas de structure dans la Békaa», insiste le cheikh.

Illusions perdues
Cette jeunesse militante pourrait-elle éventuellement s’impliquer dans les remous dont le Liban serait victime dans le cas d’une accusation du Hezbollah par le Tribunal spécial pour le Liban? «J’en doute fort pour le moment. La vague d’instabilité qui pourrait frapper le Liban, ne se répercuterait pas pour autant sur la rue salafiste», explique Abdel-Khalek.
Les habitants du village seraient sortis désabusés des événements de mai 2008 et ne seraient, selon l’analyse du cheikh, pas près de répéter l’expérience. «Je ne vois personne s’engager dans une quelconque action militaire, les gens se sentent floués et ont perdu leurs illusions», signale le cheikh. Ce dernier ajoute que les événements du camp de Nahr al-Bared, détruit par l’armée dans des combats sanglants avec le groupe radical de Fateh el-islam, auraient servi de leçon à tous les islamistes. «Ils ont compris qu’une telle situation peut entraîner des conséquences désastreuses pour toute la rue islamiste».
Le seul danger résiderait toutefois dans l’action isolée de certains individus aux sympathies fondamentalistes qui opéreraient de manière totalement indépendante. «Mais cette action serait limitée et sans grande envergure», estime le cheikh. Mona Alami pour Magazine

Thursday, May 27, 2010

Le PSP ouvre son fief à la Résistance: le Hezbollah au mont Niha


La nouvelle alliance sacrée entre le Parti socialiste progressiste (PSP) et le Hezbollah aurait accordé à ce dernier l’accès aux hauteurs du Chouf. Magazine enquête.

Des montagnes pelées entourent le village de Niha, dans le Chouf, un des hauts lieux saints de la religion druze. C’est en ce lieu isolé que les membres de cette petite communauté viennent en pèlerinage, pour se recueillir sur la tombe de Nabi Ayoub, communément connu sous le nom de saint Job. Seuls quelques oiseaux prédateurs traversent le ciel nuageux, survolant les pentes désolées des montagnes, qui se revêtent selon le moment du jour d’une robe d’un vert changeant presque blanchâtre. Partout règne le silence, perturbé de temps en temps par le son des gravats, dévalant les pentes escarpées. Pas d’animaux, ni d’arbres, mais des collines dégarnies à perte de vue. Au détour d’un énième sommet, un bunker apparaît soudain. Creusé à même le roc, il est protégé par un muret en parpaings gris et muni d’une porte métallique.
A quelques kilomètres à vol d’oiseau du sanctuaire de Nabi Ayoub, un combattant du Hezbollah monte la garde, perché au sommet d’un pic rocheux. Dès qu’il s’aperçoit de notre présence, il dévale la montagne, avec la souplesse d’un cabri. «Vous êtes en pleine zone militaire», s’exclame-t-il, interloqué, en pointant sa kalachnikoff dans notre direction. «Que faites-vous ici? Il est absolument interdit de pénétrer dans ce secteur!» A quelques mètres du bunker, sur les crêtes des montagnes séparant Niha, de la vallée de la Bekaa, une tranchée a été creusée. Destinée à protéger d’éventuels artilleurs, elle semble vide pour le moment.

Agitant son talkie-walkie, le combattant nous ordonne de quitter les lieux immédiatement. Devant la porte du bunker apparaît un autre combattant d’âge mur. Il nous observe durant quelques minutes. Le plus jeune nous suit à distance, sur une piste de terre parcourant la montagne de nord en sud, avant de nous intercepter, une nouvelle fois. «Vous devez rejoindre la vallée en coupant par le versant de la montagne en direction de la Bekaa, vous ne pouvez pas aller plus loin, la zone devant vous étant une zone militaire», nous enjoint-il. «Je ne fais pas partie de l’Armée libanaise! Je suis membre du Hezbollah», précise-il, un sourire un peu surpris aux lèvres.
De nouveaux avant-postes pour le Hezbollah? En effet, ces sommets abritent depuis des années déjà des positions militaires. A quelques kilomètres de cette zone, plus au nord, dans le village de Maasser, se trouvait le fameux radar de contrôle aérien libanais, qui pouvait détecter les avions ennemis à une distance aussi lointaine que le canal de Suez. Il fut détruit par les Israéliens durant les années de guerre. C’est ici même que se trouvent deux anciens bunkers israéliens protégés par des remblais de sable…
Aux confins du Chouf, au nord de ce nouveau front établi par le Hezbollah et s’étendant du nord du fleuve Litani jusqu’à Jezzine, le Parti de Dieu semblerait se préparer pour une nouvelle guerre… Mona Alami Publié en Mai dans Magazine

Saturday, March 13, 2010

Les choix d’Israël: attaquer l’Iran, ou faire la paix avec la Syrie, selon Patrick Seale, spécialiste britannique du Moyen-Orient


De passage au Liban pour le lancement de son nouveau livre Riad el-Solh: la lutte pour l’indépendance, Patrick Seale, journaliste britannique et spécialiste du Moyen-Orient, a accordé une interview à Magazine consacrée à la situation politique au Liban et dans l’ensemble de la région.

Q-Quelle est votre analyse de la politique étrangère du président américain Barack Obama, surtout sur la question du Moyen-Orient? Pensez-vous qu’elle sera plus efficace que celle adoptée sous le mandat du président George Bush?
R-Je crois que tout le monde a été déçu par le président Barack Obama, porteur de grands espoirs au lendemain de son élection à la présidence américaine. Il a été certainement distrait par ses problèmes domestiques et l’obstruction systématique de ses initiatives politiques moyenne-orientales par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Ses premières décisions portant sur la région ont été de nommer George Mitchell (l’envoyé spécial pour le Proche-Orient) et de demander le gel de la colonisation israélienne des territoires occupés. Mais cette dernière initiative s’est avérée impossible. Pour ce qui est de la guerre contre le terrorisme, Obama a fini par adopter la même stratégie que son prédécesseur, en étendant le champ de la lutte. Il a également tendu la main à l’Iran, mais cette approche n’a pas été couronnée de succès. Pour sa défense, on peut dire qu’il n’en est toujours qu’à sa première année de mandat présidentiel. Il a donc toujours la possibilité de renverser la tendance, mais je crois cela peu probable, en raison de la forte contestation de l’establishment américain.

Q-Quels sont les puissances régionales qui ont su le mieux tirer profit de ce changement de la politique américaine?
R-Il faut admettre que deux puissances moyennes-orientales ont été particulièrement actives dernièrement: en premier lieu la Turquie, qui a lancé une grande offensive de paix tout en se rapprochant de la Syrie, du Liban, de l’Irak et de l’Iran. Elle a également rejeté toute action militaire contre ce dernier pays. C’est l’unique puissance militaire qui soit bien perçue en Afghanistan et c’est le pays qui a servi de médiateur pour les négociations entre Israël et la Syrie. La seconde puissance que l’on pourrait citer est le Qatar, qui a négocié les accords de Doha ainsi que ceux conclus entre le Soudan et le Tchad, concernant la région du Darfour.

Q-Pensez vous qu’une attaque israélienne contre l’Iran soit vraiment possible? La situation au Moyen-Orient est-elle aujourd’hui aussi dangereuse qu’on serait tenté de le croire?
R-La situation est en effet très volatile: les Israéliens tentent de provoquer une attaque contre l’Iran. Je crois qu’ils prévoiraient de mener une action contre l’Iran qui entraînerait une riposte de ce dernier visant les bases américaines dans le Golfe. La situation est donc très sérieuse, les pays du Golfe étant sur la ligne de feu. Les Israéliens ont aujourd’hui l’impression que leur hégémonie dans la région est en danger. Alors que, durant ces dernières soixante années, les pays arabes n’ont pu contenir la puissance d’Israël, la montée de certains acteurs non-étatiques, comme le Hamas et le Hezbollah d’une part, ainsi que de l’Iran, d’autre part, a permis de modifier la balance des forces au Moyen-Orient. Israël pourrait dont tenter de s’extraire de cette situation soit par une attaque contre l’Iran, ou bien en faisant la paix avec la Syrie.

Q-Quel est le danger d’une guerre entre Israël et le Liban?
R-Une guerre est toujours extrêmement difficile à prévoir. Celle de 2006 a démontré les limites de la défense d’Israël qui a toujours eu pour politique de mener la guerre en territoire ennemi, ce qui n’a pas été le cas lors du dernier conflit (le territoire israélien a en effet été bombardé par le Hezbollah, ndlr). Il se peut, cette fois, que la Syrie et l’Iran interviennent dans l’éventualité d’un nouveau conflit, car ils se trouveraient en danger. Toutefois, pour ces pays, le Hezbollah demeure la ligne de première défense. Netanyahu préfèrerait certainement garder le statu quo actuel, ce qui pourrait cependant s’avérer difficile pour lui. En effet, Israël se trouve sous pression depuis l’assassinat de Mahmoud Mabhouh (un haut responsable du Hamas, ndlr) à Dubaï et le scandaleux siège de Gaza, deux événements qui ont particulièrement terni son image. Les Israéliens sont aussi obsédés par l’Iran et par son programme nucléaire, que personne ne semble pouvoir arrêter. Ils tentent donc d’influencer la communauté internationale, mais inévitablement le Hezbollah fait partie de la défense iranienne.

Q-Dans quelle situation se trouve le Hezbollah aujourd’hui au Liban? Est-il le grand gagnant de la lutte de pouvoir ayant suivi l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri?
R-Le Hezbollah et ses alliés, notamment le Courant patriotique libre (CPL), sont une force dominante au Liban. Depuis que le Liban a réussi à atteindre une certaine stabilité politique, les autres factions ont dû apprendre à gérer cette nouvelle réalité. Il est néanmoins certain que l’idée selon laquelle le Liban pourrait être utilisé contre la Syrie a dû être abandonnée.

Q-Que pensez-vous des articles parus dans certains médias étrangers faisant état d’une possible expansion des activités du Hezbollah en Egypte et au Yémen? Croyez-vous que la lutte secrète opposant le Hezbollah à Israël ait remplacé, pour le moment du moins, l’éventualité d’une guerre conventionnelle?
R-Ces accusations sont peu crédibles: la lutte du Hezbollah contre Israël est avant tout nationale, c’est un mouvement qui est né de l’oppression subie par les habitants du Liban-Sud. Par ailleurs, il est scandaleux que l’Egypte se soit alignée sur Israël en bloquant les tunnels connectant Gaza à l’Egypte, un pays qui était le bastion du nationalisme arabe. La guerre souterraine a de tout temps été pratiquée par Israël qui, dans les années soixante-dix, avait recours au terrorisme étatique pour poursuivre ses ennemis.

Q-Quel est l’état des relations libano-syriennes, aujourd’hui, et comment le régime de Damas perçoit-il le Liban?
R-Les relations qu’entretiennent ces deux pays se sont certainement assainies récemment. La Syrie et le Liban sont deux pays indépendants, unis par des liens familiaux et des intérêts économiques communs. Le dicton ne dit-il pas après tout: un peuple, deux nations? Le divorce entre la Syrie et le Liban ne saurait donc avoir lieu et Damas ne peut, en aucun cas, tolérer un gouvernement hostile si près de sa capitale.

Q-On dit que la tutelle syrienne sur le Liban a été progressivement remplacée par une coalition syro-iranienne et arabe, depuis le retrait syrien…
R-En effet, la carte politique bouge constamment. Mais la relation entre la Syrie et l’Iran date de plus de trente ans, alors que les liens du Liban à la Syrie sont vieux de centaines d’années. Nous avons assisté à la montée de la communauté chiite qui a supporté le poids de l’occupation et constitue un élément important de la mosaïque libanaise. Mais le Liban a toujours été une sorte de mosaïque…

Q-Quel symbolisme attacher à la réunion de Damas entre le président iranien Mahmoud Ahmadinajad, le président syrien Bachar al-Assad et le chef du Hezbollah sayyed Hassan Nasrallah?
R-Le message est on ne peut plus clair: les participants à cette conférence ne peuvent être utilisés les uns contre les autres et la Syrie ne peut accepter un traité de paix séparé. Propos recueillis par Mona Alami( Magazine 12 Mars 2010)


Encadré
Patrick Seale est un journaliste de renommée internationale, spécialiste des questions du Moyen-Orient. Il a rédigé de nombreux ouvrages dont Assad de Syrie: La lutte pour le Moyen-Orient et une biographie d’Abou Nidal, un dissident du Fateh qui s’est rendu célèbre pour ses opérations terroristes. Né en Irlande, il a fait ses études au Collège Saint-Antoine d’Oxford. Il a par la suite travaillé pour l’agence de presse Reuters et le quotidien britannique The Observer.

Friday, February 19, 2010

Contestation chez les Druzes


Un malaise de plus en plus palpable s’est installé dans la communauté druze depuis le désaveu par son chef, Walid Joumblat, du mouvement indépendantiste du 14 Mars, et son rapprochement avec le Hezbollah et la Syrie.

Le linge se lave en famille, mais, ce soir à Aley, une des plus grandes agglomérations druze du Liban, la communauté raconte son « humiliation ». Pour la première fois, les membres de cette petite communauté de près de 250,000 membres livrent leur déception face au volte face spectaculaire de leur leader Walid Joumblat. Ce dernier, règne en chef incontesté sur la montagne, depuis l’assassinat de son père Kamal en 1977, par les Syriens.

En 2005, à la suite de l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri le 14 Février, un crime largement imputé à la Syrie, Joumblat prend la tête du mouvement anti-Syrien du 14 Mars dans sa révolte contre le pouvoir de Damas. Un soulèvement pacifiste qui met fin, en Avril 2005, à une occupation vieille de 30 ans. Joumblat, alors sûr du soutien américano-européen multiplie les invectives à l’encontre des hommes forts de Damas et de leurs alliés libanais dont le Hezbollah.

« Nous étions plein de fierté de voir notre leader s’imposer dans ce combat viscéral contre la Syrie, préservant notre indépendance et pavant la voie à l’établissement d’un état fort », raconte Naji Alamé, un ancien combattant druze ayant participé à la guerre de 83 entre Druzes et Chrétiens.

Pour un membre de Parti Socialiste Progressiste- PSP- (dirigé par Joumblat), le mouvement du 14 Mars était une sorte d’assurance-vie protégeant la communauté et sa descendance, cette minorité ne pouvant survivre qu’à l’ombre d’un état séculier.

Ce 14 février 2010, près de cinq ans après le rassemblement monstre du 14 mars durant lequel 1,5 millions de personnes ont scandé « la Syrie dehors », le chef du PSP visite la tombe du premier ministre assassiné, Place des Martyrs, prenant rapidement congé, contrairement à son habitude, en laissant derrière lui, son fils et ses ministres Akram Chehayeb et Wael Abou Faour. « Nous n’avons pas été mobilisés pour participer à la manifestation contrairement aux années précédentes», signale un membre du PSP. Une voiture circulant à Aley avec des posters de Rafic Hariri aurait même été interceptée par la police municipale, proche du PSP.

Certains milieux druzes influents jugent la désaffection de Joumblat, prévisible. « Sa visite au tombeau de Hariri fut une formalité, faite uniquement pour rassurer Saad Hariri( l’actuel premier ministre libanais), qui serait un grand pourvoyeur de fonds pour les œuvres caritatives de la famille Joumblat soutenant les Cèdres du Chouf et le festival de Beiteddine», murmure-t-on.

« Joumblat n’a pas été le grand absent de la Place des Martyrs, il a tout simplement fait son devoir d’amitié envers Rafic Hariri et son fils Saad, sans plus », répond le député et ancien ministre Marwan Hamadé. Cela n’était une surprise pour personne, puisque les prémices de cette participation dans sa forme et ses limites étaient apparues progressivement depuis le 7 juin 2009, c'est-à-dire au soir des élections législatives», assure le député. Ce dernier reconnait que la mouvance du 14 Mars, qui s’était habituée à la présence active de Joumblat, a sans doute été déçue de ne pas l’entendre à la tribune. Joumblat aurait donc tourné la page du 14 Mars sans pour autant en renier les acquis, au nombre desquels figurent le tribunal spécial pour le Liban, l’instauration de relations diplomatiques avec la Syrie, la formation du cabinet d’union nationale ainsi que l’apaisement relatif du climat confessionnel.

« Ce bouleversement », ajoute Hamadé en commentant la position de Joumblat, «laisse évidemment des blessures dans les esprits et des perturbations dans les équilibres politiques. Mais il faut comprendre Joumblat : j’ai vécu avec lui la première épreuve de Mai- Juin 77- après l’assassinat de son père Kamal- lorsqu’il décidât, pour des raisons liées à la sécurité de la montagne et la survie de ce qui restait de la gauche libanaise, de prendre le chemin de Damas. Je le comprends sur le fond. Sur la forme, si je trouve à redire, c’est à lui que je m’adresserais », ajoute le député.

Tarek Radwan, un habitant de Aley s’indigne de la position délicate dans laquelle les Druzes se trouvent aujourd’hui. « Nous ne sommes plus des interlocuteurs crédibles aux yeux des autres communautés. Joumblat a commencé par s’attaquer aux chrétiens qu’il a qualifiés de « mauvaise graine ». Il se met maintenant à dos la communauté sunnite », s’insurge le jeune homme.

Sa femme, Suzanne, une inconditionnelle du leader druze, se demande cependant, où était passé son vote, en faisant référence à l’opposition affichée par le PSP contre le Hezbollah, accusé d’être un état dans l’état, lors des élections législatives de 2009.

« Le Hezbollah n’a même pas présenté des excuses pour les événements du 7 Mai. Nous avons perdu de nombreux jeunes lors des combats de Choueifat, alors que d’autres à l’instar de Bachir Chehayeh, Majd Zahalan et Rabih Mrad étaient kidnappés ici même à Aley », se souvient ce membre du PSP. Le 7 Mai le Hezbollah a tenté d’investir les régions druzes de Aley Choueifat et du Chouf, ainsi que la ville de Beyrouth, attaque ayant mené à des batailles entre les deux camps. D’autres tels M. Radwan ne comprennent pas la position jusqu’au-boutiste de Walid Joumblat. « La réconciliation était sans doute nécessaire, mais les concessions accordées par Joumblat au Hezbollah et à la Syrie n’ont pas été réciproques, il ne fallait pas pour autant se mettre à genoux », signale-t-il, en faisant allusion au retard dans le rendez-vous demandé par Joumblat en Syrie, étape qui permettrait de clore le chapitre de la réconciliation.

Certains comme Wael Hassan croient à un calcul de la part du leader Druze. « Joumblat a choisi de se tourner vers le centre, position tout à fait honorable. Il a choisi le chemin de la réconciliation en faisant il est vrai certaines concessions. Mais si elles ne sont pas accompagnées par des gestes conciliants de la part de l’autre bord, Joumblat reviendrait sans doute à ses positions antérieures », explique-t-il.

Certains milieux influents druzes ne se montrent pas aussi compréhensifs. Ils parlent d’un véritable sentiment d’humiliation qui porterait sur la forme même des nouvelles positions affichées, d’autres politiciens avant Joumblat ayant opéré des rajustements politiques douloureux sans aller aussi loin dans les concessions. « Les Druzes qui s’opposent à cette volte-face ne veulent pas d’un Walid Joumblat humilié, car son humiliation les affecte personnellement, en raison du fort sentiment clanique qui règne dans la communauté et de son identification au Zaim ou au Bey », estime-t-on.

Ce sentiment entraîne un manque de confiance dans la vision de leur chef, vision jugée infaillible, Joumblat étant souvent décrit par ses supporters comme possédant « des antennes lui permettant de percevoir l’avenir ».
« Alors qu’ils attribuaient auparavant ces retournements à la sensibilité à fleur de peau de Joumblat, ils se demandent aujourd’hui s’ils ne se s’étaient tout simplement pas trompés, c’est un vrai dilemme pour tout le monde », confie-t-on.

Le malaise des Druzes se ressentirait jusque dans les réunions du PSP, bastion de la famille Joumblat. « Les réunions ayant eu lieu la semaine passée à Aley, n’ont rassemblé que quelques dizaines de participants alors que plus d’une centaine y étaient conviés », dixit le membre du PSP.

M. Alamé estime que de nombreux Druzes ont décidé de quitter le navire piloté par Joumblat. « Nous ne sommes pas des moutons », s’indigne le membre du PSP qui ajoute que pour la première fois la communauté a violemment contesté les prises de positions de Joumblat.


« Walid Joumblat a lui-même reconnu l’existence d’un malaise mais la configuration politique et sociale de la communauté me porte à croire qu’elle préférera préserver son unité», précise toutefois M. Hamadé.

Hamadé a lui décidé de rester fidèle au Rassemblement Démocratique tout en restant attaché au 14 Mars et « à ce qu’il représente pour une majorité des libanais et surtout pour une jeunesse qui aime cette foule bigarrée et multiconfessionnelle ayant lancé la Révolution du Cèdre ». « Le Liban peut se targuer d’être le défenseur de nos causes nationales en tête desquelles figure la Palestine. Il faut cependant que le Liban survive pour assumer son rôle qui n’est pas seulement de servir de chair à canon à tous les systèmes dictatoriaux ou intégristes de la région.

Dans un pays où le sentiment communautaire est plus fort que tout, tout nouveau danger, réel ou imaginaire, pousserait les Druzes à se ranger derrière leur leader, à moins qu’une nouvelle mouvance, moins entachée par les jeux de la politique libanaise ne prenne la relève…En espérant l’avènement d’un nouveau chef qui réponde mieux aux attentes de la communauté…
Mona Alami, Magazine du 19 Février

Qui a voulu assassiner Mahmoud Mabhouh?

Magnus Ranstorp

20 Janvier: le corps de Mahmoud Mabhouh, un haut responsable du Hamas palestinien est retrouvé électrocuté dans une chambre d’hôtel à Dubaï. Qui était Mabhouh et quelles seront les répercussions régionales de son assassinat, un meurtre largement imputé à Israël? Magazine a interviewé, depuis Dubaï, le Dr Magnus Ranstorp, directeur au Collège National Suédois de la Recherche pour la Défense.

Quel était le rôle de Mabhouh au sein du Hamas?

Son élimination rappelle étrangement celle de Imad Moughnieh, le chef militaire du Hezbollah assassiné à Damas en 2008…

Mabhouh était un des cofondateurs du mouvement miliaire du Hamas. Connu pour son passé d’activiste contre les Israéliens, il aurait notamment été impliqué dans l’enlèvement et le meurtre de deux soldats israéliens Ilan Sa'adon and Avi Sasportas en 1989, ainsi que dans l’assassinat de certains Palestiniens, lors de la première Intifada. Il jouait un rôle prépondérant dans « l’axe Iran-Gaza » et était également responsable de l’acheminement des armes vers les territoires palestiniens. Personnage assez semblable à Moughnieh, il occupait un poste important au sein du Hamas depuis plus de vingt ans et jouait le rôle d'intermédiaire entre les Palestiniens, les services de renseignement Iraniens et les forces spéciales al Quds, (relevant des gardiens de la révolution islamique).

Quel genre de relations Mabhouh entretenait-il avec la Syrie?

Il appartenait à la deuxième garde du Hamas comme Moussa Abu Marzouk (vice député du politbureau du parti), Mohammad Nazzal (un dirigeant du Hamas), qui était également proche de Imad Alami, un autre commandant du Hamas qui fut expulsé de Gaza en 1991, avant la vague de déportation de 1992, pratiquée à l’encontre de 415 membres de ce même parti ainsi que du Jihad islamique palestinien. Sa mouvance, à l’instar des autres cadres du Hamas (en Syrie), est soumise au contrôle des services de renseignements syriens et assujettie aux services de renseignements iraniens.

Quelle était la nature des relations entre Mabhouh et le Hezbollah?

Il entretenait des relations directes avec le Hezbollah mais aussi par le biais de Oussama Hamdane (représentant du Hamas au Liban), qui était autrefois le représentant du Hamas en Iran.

L’assassinat de Mabhouh serait-il une preuve supplémentaire de la guerre secrète opposant Israël au Hezbollah et au Hamas? Entraînera-t-il une coopération accrue entre les deux partis islamiques?

La coopération entre le Hamas et le Hezbollah date des années 1992. Cette relation s’est consolidée au cours des ans et s’est affermie après l’assassinat de Cheikh Ahmad Yassine et de Abdel Aziz Rantissi (Rantissi était un haut dirigeant du Hamas qui fut assassiné par les Israéliens en 2004, un mois après le meurtre de Cheikh Yassine, chef spirituel du parti islamique). Le soutien apporté par le Hezbollah au Hamas serait surtout de nature technique notamment au niveau du perfectionnement des roquettes Qassam. La coopération entre le Hamas et l’Iran s’est accélérée durant ces dernières années: un membre du corps des gardes révolutionnaires iraniens a même été appréhendé à Gaza. Bien qu’initialement le Hamas ait éprouvé des réticences à devenir un outil aux mains de l’Iran (comme le Jihad Islamique avant lui), la donne a toutefois changé depuis la guerre de Gaza (en 2008).

Quelles raisons auraient motivé le voyage de Mabhouh à Dubaï? On a évoqué une possible rencontre avec des responsables iraniens…

Mabhouh avait la possibilité de se rendre directement en Iran depuis la Syrie. Il n’était donc pas dans l’obligation de visiter Dubaï à cette fin. Il a pu tomber dans un traquenard monté par les Israéliens ou les Palestiniens.

Quelle sera la réponse du Hamas à cet assassinat? La vengeance du parti mènera-t-elle à une opération conjointe avec le Hezbollah?

Le Hamas a menacé de viser les intérêts israéliens à l’étranger, ce qui serait un changement du Modus operandi du parti. Le parti islamique sera certainement sous pression pour répondre, comme à la suite des assassinats de Rantissi et de Yassine, mais tout dépend des résultats de l’enquête et des factions qui y seront impliquées. Le Hezbollah avait, lui, tenté d’enlever le chef d’état-major israélien (Gaby Ashkenazi en 2009, à la suite de l’assassinat de Moughnieh) et le Hamas répondra sans doute au meurtre de Mabhouh, en tentant une frappe chirurgicale visant des politiciens ou des officiels israéliens. Ce scénario semble être le plus probable. Dans ce cas le soutien du Hezbollah au Hamas serait de nature technique ou au niveau du ciblage. Publié dans Magazine le 12 Février.

Thursday, January 14, 2010

Sur le prochain champ de bataille


Dans les bunkers de la Résistance

Depuis le déploiement des forces de la Finul au sud du fleuve du Litani après la guerre de 2006 avec Israël, le Hezbollah, à l’instar des fedayin palestiniens avant lui, a recentré ses efforts sur les rives nord du Litani, dans la région de Jabal Safi qui rattache le Sud- Liban à la grande plaine de la Bekaa. Visite inédite dans des bunkers de la Résistance.

Une carrière abandonnée émerge de l’étroite vallée, protégeant des regards une plaine verdoyante, appelée familièrement par les habitants du village limitrophe de Arab Salim «el-sahel el-akhdar». A l’entrée de la carrière, une tasse de thé est posée sur la table en plastique, abandonnée sans doute par un gardien qui se fait invisible.
Une rivière desséchée traverse le petit ravin qui git en contrebas de la carrière. Une vielle habitation en pierre jaune se dessine entre les buissons touffus; elle abrite un ancien moulin relié au lit de la rivière par une conduite en pierre vétuste. C’est dans cette vallée au paysage presque idyllique, si ce n’était pour les restes de pancartes déchiquetées indiquant la présence de mines, que certaines rumeurs font état d’un possible établissement du Hezbollah dans les anciennes positions de l’Organisation pour la libération de la Palestine (OLP).
Partout le silence règne en maître absolu, rompu de temps à autres par un ronronnement continu provenant du ciel, où les drones israéliens s’activent en permanence, photographiant cette région d’une importance névralgique pour Tel-Aviv. Des cadavres d’animaux gisent à terre, déchiquetés, peut-être par l’explosion de mines. Dans l’habitation abandonnée, un drapeau palestinien a été peint sur les murs jaunis, ses couleurs délavées par le temps attestant du passage de l’OLP dans la région, mais nulle trace du Hezbollah.
«C’est plus haut, plus au nord du Wadi (étroite vallée) que les Palestiniens avaient construit leurs bunkers dans la montagne», indique Kassem Nazr, un fermier de Arab Salim qui cultive des terrains dans le secteur tout en pointant la main en direction d’un ravin qui se prolonge à la droite de la carrière.

Inter-La montagne creusée
Le fermier indique l’entrée d’un bunker creusé par les fedayin de l’OLP, ces soldats palestiniens à qui l’accord du Caire avait accordé le droit de combattre Israël depuis le sol libanais, jusqu’à l’invasion israélienne en 1982.
«C’est d’ici que les Palestiniens combattaient Israël, dans les années soixante-dix», s’exclame Kassem Nazr. Dans l’étroite vallée, quatre bunkers semblent transpercer horizontalement la montagne. «Ils avaient entre 10 et 15 mètres de profondeur et étaient équipés de lits et alimentés en eau courante», raconte Nazr. «Les fedayin trouaient la roche en y plaçant des bâtons de dynamite, afin de creuser la montagne», se souvient-il. Au dessus d’une large grotte artificielle, dont l’entrée est à quelques mètres de profondeur bloquée par un éboulis, de petits trous sombres ponctuent la roche blanche.
«Les soldats israéliens ont détruit la plupart de ces bunkers lors des invasions successives du Liban afin d’éviter leur éventuelle utilisation par la Résistance», insiste M. Nazr. L’une après l’autre, les entrées menant aux tunnels ont été soigneusement dynamitées, à l’exception d’une seule grotte qui semble avoir échappé au regard des soldats israéliens. Son ouverture béante, masquée par d’énormes buissons, laisse son usage par le Hezbollah peu probable.
C’est plus haut dans le Mont Safi aux environs du Mont Soujoud, du prophète du même nom, que le Hezbollah a décidé de se retrancher après le déploiement de la Finul aux frontières avec Israël, à la fin de la guerre de juillet.
Des chabab, les militants du Hezbollah revêtus d’habits sombres, la barbe bien taillée, sillonnent les villages en motocyclette, en surveillant les déplacements d’étrangers à la région. Des routes nouvellement asphaltées serpentent la montagne, traçant des zigzags ne menant semblerait-il nul part, se terminant parfois dans des bois sombres…
C’est sur ce terrain abrupt que se dessine le nouveau front de la guerre avec Israël. «Le terrain est plus rude au nord du fleuve du Litani, entre les villages de Nabatié et de Jezzine en remontant jusqu’au village de Niha, ce qui avantage le Hezbollah d’un point de vue militaire. En effet ce secteur peut être difficilement atteint par avion ou par tank», explique le professeur et ancien général Amine Hoteit, spécialiste en stratégie militaire.

Une armée invisible
Toute guerre, estime le professeur, dépend de plusieurs éléments tels que la capacité des protagonistes, la durée du conflit et la topographie du terrain. Et dans cette région, la topographie imposerait de nombreuses contraintes aux troupes israéliennes, dans l’éventualité d’un conflit, forçant ainsi les soldats à se déplacer par voie de terre ou par hélicoptère, les rendant ainsi plus vulnérables aux attaques des combattants du Hezbollah, qui eux, ont une connaissance profonde des étroits Wadis. De plus, la dépendance de l’armée israélienne aux hélicoptères, conjuguée à la capacité accrue du Hezbollah qui se serait équipé en missiles sol-air, donnent libre cours à tous les scénarios.
En prévision d’une nouvelle guerre, les combattants du Hezbollah ont creusé de profonds tunnels, tout comme les Palestiniens avant eux, leur permettant de se fondre dans la nature telle une armée invisible.
Mais c’est une fois de plus sur ce terrain situé au nord du Litani qu’Israël va sans doute s’embourber dans le cas où ses troupes seraient forcées à pratiquer une offensive terrestre, insiste le professeur. «Le nord du Litani présente un autre avantage aux yeux du Hezbollah, puisqu’il lui assure, en raison de sa proximité de la capitale et de la Bekaa, un ravitaillement plus facile», explique-t-il.
L’analyste Amal Saad Ghorayeb, elle, ne croit pas qu’une éventuelle guerre se limitera au secteur nord du Litani. «Croyez-vous vraiment que la guerre puisse avoir lieu uniquement dans cette région? A mon avis, ce sera une guerre plus globale durant laquelle la Finul se retirera de ses positions actuelles», soutient-elle.
Contrairement aux autres guerres entre le Liban et Israël, le prochain conflit «sera une guerre éclair d’une violence extrême», analyse le professeur Hoteit. Le spécialiste explique qu’Israël choisira sans doute une approche rapide au conflit afin de court-circuiter la levée de boucliers de la communauté internationale que susciterait une telle guerre aux conséquences humaines désastreuses. «La doctrine de Dahié, qui serait sans doute adoptée par les Israéliens, laisse également envisager un conflit court et particulièrement violent», ajoute-t-il. Saad Ghorayeb croit en une coordination entre le Hamas et le Hezbollah, lors d’une éventuelle guerre, une thèse également soutenue par le professeur Hoteit. «L’ouverture de deux fronts affaiblirait certainement Israël», commente-t-il. «De plus Hezbollah a promis une infiltration d’Israël par les membres du Hezbollah, dans son récent discours», ajoute Saad Ghorayeb. Mona Alami pour Magazine