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Tuesday, July 9, 2013

L’emprise de l’ Iran ainsi que la nature sectaire du conflit se précisent en Syrie


L’emprise de l’ Iran ainsi que la nature sectaire du conflit se précisent en Syrie selon deux articles du Monde. Selon Christophe Ayad, le remaniement des hautes instances du parti Baas à Damas annoncé lundi 8 juillet, après plus de deux ans d'un soulèvement contre le régime de Bachar Al-Assad  signale la sortie politique Farouk Al-Chareh du comité central ainsi que d’ autres figures sunnites. «Vétéran de la diplomatie syrienne sous Hafez Al-Assad, ce sunnite de 74 ans, originaire de Deraa, est le vice-président de Bachar Al-Assad. M. Al-Chareh avait exprimé ses réticences sur la stratégie répressive choisie par le régime, notamment contre sa ville natale de Deraa, berceau du soulèvement. Son nom a été régulièrement cité pour mener des négociations au nom du régime ou pour diriger un gouvernement de transition en cas d'accord politique » .

Son éviction, ainsi que celle d'autres personnalités sunnites s’est faite au profit d'alaouites, une secte chiite à laquelle appartient le clan Assad . Selon Jean pierre Filiu,  la victoire remportée le 5 juin, par le Hezbollah, dans la ville de Qoussair, représente également un tournant de la crise syrienne. Elle ne signifie pourtant pas que Bachar Al-Assad a repris la main sur les rebelles en Syrie, mais au contraire qu'il l'a perdue au profit de l'Iran et de ses supplétifs libanais. «  Car l'essentiel de la contre-insurrection urbaine est assuré par les commandos du Hezbollah, encadrés par les pasdarans iraniens – "gardiens de la révolution" – alors que l'armée du dictateur syrien assure le soutien de l'artillerie et de ses blindés » . Ce contrôle opérationnel de la part de l’Iran a été démontré en janvier, lorsque a eu lieu la libération de 48 ressortissants iraniens par la guérilla syrienne en échange de plus de 2 000 prisonniers aux mains du régime Assad.

Friday, January 4, 2013

Jihad en Syrie

La mort au mois de Novembre dernier d’une vingtaine de jeunes djihadistes Libanais en Syrie a recentré le débat sur le rôle des islamistes en Syrie. Magazine est allé à la rencontre d’un djihadiste libanais afin de tenter de retracer le parcours de ces hommes prêts à mourir au nom de Dieu.

Abou Ghurair (al Traboulsi) est un jeune trentenaire portant la longue barbe des islamistes. Ce nom est un pseudonyme, lui permettant de protéger son anonymat. « Je ne suis pas un salafiste, juste un musulman pratiquant », se défend-il, une fois l’entrevue amorcée.

La révolution syrienne et la guerre civile qui s’en est ensuivie, a permis de raviver le flambeau des mouvances islamistes radicales comme celles d’Al-Qaeda et des autres salafistes djihadistes. Vendredi dernier,  près de 22 djihadistes ont trouvé la mort dans les environs de Tell Kalakh en Syrie. Les combattants seraient tombés dans une embuscade dressée par l’armée syrienne. Seule l’identité de cinq personnes dont Malek al-Hajj Dib, 23 ans, Abdul Karim Ibrahim, 18 ans, Abdul Rahman al-Hasan, 22 ans, Youssef Abou Arida, 26 ans, and Bilal Khodr al-Ghoul, 22 ans aurait été confirmée. A l’instar de ces derniers, Aby Ghurair a grandi dans les quartiers populaires de Tripoli. Il ne rêve, aujourd’hui, que de rejoindre une fois de plus ses compagnons de jihad avec lesquels il a, trois mois durant cette année, mené la « guerre sainte » en Syrie. Contre quels ennemis ? «  L’Iran et ses partisans, ceux qui épousent la théorie de ‘Wilayat al Fakih’ dans le monde arabe, comme le Hezbollah », explique-t-il sur un ton prosaïque. La wilayat al-fakih désigne, en langue persane, la tutelle du guide suprême iranien. « La vie sur terre ne tient qu’à un fil et ce qui compte à mes yeux, c’est la vie dans  l’au-delà, le jihad, la guerre sainte  me la garantiront,  je l’espère de tout cœur », assure-t-il.

Quels sont les raisons qui propulsent les  sunnites musulmans libanais sur le chemin du jihad en Syrie ? « De très nombreux facteurs jouent sans aucun doute, comme notamment le chômage,  la pauvreté et le sentiment de désillusion qu’un grand nombre d’entre nous éprouve,  en nous poussant à rechercher quelque part une certaine forme de justice », ajoute Abou Ghurair.

D’autres considérations émanent du  vécu des habitants de Tripoli. Le père de Abou Ghurair a ainsi été torturé par l’armée syrienne dans les années 80 ; aux yeux du djihadiste, il est donc tout à fait normal que les sunnites libanais ayant eu une telle expérience,  éprouvent un désir de vengeance. Le jeune homme cite à titre d’exemple, le parcours d’une veuve du village de Ersal, Oum Hussein, dont le mari et le fils auraient été tués par l’armée syrienne lors de l’occupation du Liban de 1976 â 2005, et qui se serait ainsi jointe aux combattants en Syrie. Elle dirigerait aujourd’hui une brigade de près de 500 combattants dans les alentours d’Alep.

Le conflit ouvert entre l’Iran, chiite, et les pays du Golf, sunnites, se répercutant sur les communautés sunnites et chiites au Liban ne ferait qu’attiser la colère des sunnites libanais. « La politique du Hezbollah envers les sunnites au Liban est vécue comme une humiliation par tous.  La seule façon d’y mettre fin c’est de renverser  (le président syrien Hafez) Assad. La Syrie est devenue aujourd’hui le ventre mou de cette chaîne formée par la ‘wilayat al fakih’ qui s’étend  depuis l’Iran, L’Irak, la Syrie jusqu’au Liban. Renverser Assad, c’est la briser », assène-t-il.

C’est en compagnie d’une trentaine de combattants que  Abou Ghurair a fait le voyage du Liban jusqu’à la région syrienne de Kousseir, traversant la frontière entre les deux pays. « Le passage de la frontière du côté Libanais c’est fait en toute facilité, mais côté syrien, nous avons essuyé une attaque de l’Armée Syrienne ; l’Armée de Syrie Libre (ASL), avertie de notre arrivée est cependant  venue à notre rescousse, nous n’avons perdu qu’un seul martyr lors des combats», explique-t-il avec détachement.

Le groupe formé par des Libanais, ayant passé ce jour-là la frontière comprenait des hommes de 12 à 30 ans. « L’armée de Syrie libre veille à la  sécurité des militants libanais,  ils veulent éviter autant que possible de faire des victimes dans nos rangs »,  raconte-t-il. Abou Ghurair aurait rejoint la brigade de Abou Walid qui disposerait de près 1000 combattants. Elle mènerait également des opérations conjointes avec les brigades al-Farouk à laquelle elle serait affiliée. Cette dernière brigade, aux relents islamistes, opère dans plusieurs régions notamment celle de Homs. Dans ce dernier secteur, cette unité comprendrait près de 5000 combattants. Les deux unités seraient pour la plupart formées de Syriens, ainsi que de nombreux Libanais, d’Irakiens, des Qataris, et des Koweitiens, selon les témoignages de Abou Ghurair. « Ces militants étrangers sont dans leur majorité ou bien d’origine syrienne ou mariés à des syriennes », souligne-t-il.  Le jeune homme insiste toutefois sur le fait que le nombre d’étrangers figurant dans la brigade de al-Farouk reste limité.

Une fois arrivés dans la région de Kousseir, les militants libanais rejoignent les camps de l’ASL. Ils peuvent toutefois facilement circuler dans cette région, la présence de l’armée syrienne demeurant ponctuelle dans les villes et les villages des environs, selon les témoignages du djihadiste. «Les forces d’Assad se sont retirés dans les montagnes des alentours et ne font généralement que  bombarder les villages, en évitant les opérations sur le terrain en raison de leur dangerosité et du renforcement des unités de l’ASL dans la région », commente-t-il.

La journée des combattants débute le matin par une prière. « Tous les combattants ne s’astreignent pas à cette coutume, certains de nos éléments ne sont pas pratiquants et donc ne prient pas. Certains consomment même de l’alcool, nous ne nous opposons pas à leurs habitudes. Chacun peut pratiquer  sa religion comme il l’entend,  ce qui compte à nos yeux c’est le combat contre Assad », précise-t-il. Le jeune homme signale l’adhésion de militants alaouites et chrétiens aux rangs de l’ASL. « Nous les invitons toujours à la prière du soir, après laquelle nous procédons généralement à nos attaques contre l’Armée syrienne, afin qu’ils aient une chance de rejoindre le paradis », raconte-t-il.

Ces offensives sont en règle générale décidées par le Majlis al-choura de la brigade qui est une sorte de conseil militaire.  « Nous nous attaquons généralement aux barrages de l’armée syrienne. Lors de mon séjour en Syrie, autour du mois de Ramadan, mous avons fait également le siège de la municipalité de Kousseir et de celui des services des renseignements.  Près de 500 hommes de l’ASL ont ainsi combattu 400 membres des services de renseignements et des chabihas, ( milices du régime)  plusieurs jours durant. Une opération menée conjointement par les Brigades Abou Walid et al-Farouk dont le travail a été facilité par des agents double, n’ayant toujours pas fait défection de l’Armée Syrienne. Ces agents double alimentent souvent les brigades en informations précieuses, notamment au sujet des positions de l’armée syrienne ou bien provoquent des diversions au niveau des barrages des forces du régime, afin de garantir à l’ASL un succès militaire.

Mais que fait l’ASL des prisonniers faits lors des combats ? Selon Abou Ghurair, ils commencent par subir un interrogatoire. « L’ASL possède une structure en tous points similaires à celle  de  l’armée syrienne, elle comprend des membres des services de renseignements rompus aux techniques d’interrogation », signale-t-il. Les prisonniers ayant admis leur implication dans des massacres de civils ou de membres de l’ASL sont mis à mort. « Nous réservons un traitement spécial aux membres du Hezbollah participant aux combats auprès des Forces du régime et que nous capturons vivant. Nous les lynchons ou les brûlons », commente-t-il laconiquement.

Selon Abou Ghurair près de 18 chiites libanais, appartenant au Hezbollah, auraient ainsi trouvé la mort lors de son séjour en Syrie. Certains d’entre eux auraient admis avant leur mise à mort, avoir répondu à une Fatwa émise par le numéro deux du parti, Naim Kassem. Une information que Magazine n’est pas en mesure d’infirmer ou de confirmer.

Le parcours d’Abou Ghurair n’est pas unique en son genre. De nombreux Libanais ainsi que des réfugiés palestiniens provenant des camps libanais, prennent le chemin de la Syrie, afin de rejoindre l’insurrection, dans une bataille interprétée par les plus radicaux comme celle du Jugement dernier. Pendant des mois, l'opposition syrienne en exil et les occidentaux ont refusé de reconnaître la présence croissante des djihadistes et autres salafistes au sein de la révolution syrienne. Selon un article paru dans le Figaro, quelques 2000 combattants étrangers se seraient infiltrés en Syrie depuis un an.  De nombreux syriens, déçus par l'impassibilité des pays occidentaux et galvanisés par les scènes de répression choisissent donc le chemin de la guerre sainte.  En Syrie, la fiction a de plus en plus de mal à résister à la réalité. ( Mona Alami pour Magazine)

Thursday, May 10, 2012

La Syrie : un scénario entre l’Irak de Saddam Hussein et le Liban de la guerre civile.

Bachar al-Assad va sans doute parvenir à s’accrocher au pouvoir encore
quelques années. Mais le régime est très affaibli, il n’a plus la
capacité de verrouiller le pays sur le plan sécuritaire : violences et
attentats à la bombe vont donc se poursuivre comme au Liban durant les années
de la guerre civile. Mais comme l’Irak sous Saddam Hussein, la Syrie aura le
statut de paria. La possibilité d’une "irakisation" du conflit à long-terme semble toutefois peu probable, les proportions démographiques n’étant pas les mêmes. Il est vrai qu'il existe un déséquilibre militaire (en faveur des Alaouites), mais le déséquilibre démographique est par contre nettement en faveur des sunnites ce qui raccourcira sans doute la durée du conflit civil…

Friday, September 9, 2011

Les exportations vers la Syrie ont fortement ralenti

Les exportations vers la Syrie ont fortement ralenti, selon un important distributeur de produits pharmaceutiques libanais. « Les nouvelles mesures imposées par la Banque centrale syrienne visant à réduire les retraits en devises des banques, afin de maintenir le taux dechange, rendent le commerce vers la Syrie difficile, presque impossible. Cela fait des mois que nous n’avons pas été payés par nos clients Syriens. Dans l’attente nous évitons toute livraison».

Wednesday, September 7, 2011

Un chrétien de Syrie témoigne: l’humiliation a provoqué la révolte

«Un peuple à la recherche de dignité humaine», tel est le résumé concis que fait un riche syrien de confession chrétienne, des événements en Syrie. Un discours étonnant émanant d’un membre d’une minorité restée très largement en marge des manifestations pro-démocratiques secouant le pays depuis plusieurs mois.

«L’humiliation des Syriens est quasi quotidienne, elle a lieu partout que ce soit dans les ministères, les services publics ou dans la rue où prévaut le règne des moukhabarat (services de renseignement)», explique Karim, dont le nom a été changé afin de protéger son anonymat. Ce cinquantenaire est un homme d’affaires syrien, propriétaire de plusieurs usines dans son pays.
Ouvrir un salon de coiffure, une banque ou toute autre entreprise nécessite l’accord préalable des agences de renseignement, qui se substituent peu à peu aux autres institutions de l’Etat. «Que vous ayez un désaccord avec votre voisin ou victime d’un vol, c’est aux services de renseignement que l’on s’adresse généralement. Le système s’est toutefois tellement gangréné qu’on se sait plus qui est responsable de quoi, ce qui laisse les citoyens en position de faiblesse permanente, contraints de supplier et d’essuyer les réprimandes de responsables omnipotents pour une simple formalité administrative. Le peuple en a eu assez».

Dénoncé par un proche
L’aisance de Karim ne l’a toutefois pas épargné des excès du système en place. Dans les années 2000, il est emprisonné plus de six mois durant pour avoir fait circuler une caricature se moquant des services de renseignement, acte de lèse-majesté dans un pays fondé sur l’étroit réseau de l’appareil sécuritaire.
«J’ai été incarcéré de longs mois dans une cellule de 3,25 mètres par 1,70 et cela malgré les nombreuses interventions de personnalités haut placées; je n’ai heureusement pas été torturé», reconnaît-il.

L’homme d’affaires admet avoir été dénoncé par un membre de son entourage. En Syrie, le cercle des «mouchards» ne serait pas simplement restreint aux marchands ambulants ou aux chauffeurs de taxi mais s’étendrait également à la haute société. «En effet, toute personne ayant été témoin d’une discussion ou d’un comportement jugé «délateur» risque d’être arrêtée si elle ne relaie pas l’information. La peur est un puissant motif: la dénonciation est devenue chose courante», ajoute-t-il.
Mais depuis le mois de février, l’ambiance semble avoir changé, dans une Syrie en proie à un mouvement de contestation sans précédent, souvent empreint de violence. La société syrienne se retrouve partagée entre opposition et loyalistes, les minorités alaouites, chrétiennes et druzes, s’alignant pour la plupart derrière le régime qu’ils considèrent comme seul garant de leurs droits.
«Tout comme d’autres chrétiens, je crains un conflit sectaire, mais s’il finit par avoir lieu il aura été fabriqué par le régime. Les Syriens, quelle que soit leur appartenance confessionnelle, ne sont pas de nature violente. Le rôle des chrétiens, que ce soit sous le règne des Assad ou celui des Frères musulmans, a peu de chance de changer, ils ne seront jamais présidents ou Premiers ministres», déclare Karim.
L’insécurité s’installerait aussi dans les villes syriennes telles Damas et Alep, où l’appareil de l’Etat est le plus puissant. «Les vols de commerces et de résidences privées se multiplient jusque dans le quartier cossu d’Abou Roummané (en plein centre de Damas) et nous ignorons tout de l’identité des personnes impliquées», signale-t-il.
Certains riches syriens auraient déjà commencé à mettre en sécurité leurs biens les plus précieux dans le cas où le conflit s’amplifierait. La «mentalité de bazar» dominerait également la scène syrienne: de nombreux hommes d’affaires et de marchands nantis feraient des dons anonymes aux hommes de religion soutenant «la résistance» (l’opposition syrienne), tout en soutenant « officiellement » le régime… M.A pour Magazine.

Wednesday, July 20, 2011

Syrie: Les indécis feront pencher la balance

Damas

Un attentisme prudent règne en Syrie. Dans un pays où rivalisent les manifestations pro-opposition et pro-régime, une grande majorité de la population semble toujours à l’affût d’un renversement clair des rapports de forces.

«La plus grande partie de la population, soit près de 70%, éviterait pour le moment de se ranger auprès de l’une ou l’autre faction, représentées par les manifestants pro-régime et ceux pro-opposition. Ces derniers gagneraient toutefois du terrain d’une semaine à l’autre en raison de la répression qui sévit». Telle est l’analyse du sociologue et membre de l’opposition Hassan Abbas.
Depuis le 15 mars dernier, la Syrie se débat, aux prises avec des manifestations pro-opposition, réprimées dans le sang par le gouvernement, des corps de l’armée syrienne ayant pris d’assaut certaines zones de conflit, notamment limitrophes des frontières avec le Liban et la Turquie. Ces affrontements se seraient soldés par plus de 1400 morts et au moins 5000 arrestations, selon les ONG, quelque 15000 réfugiés syriens ayant fui vers la Turquie et le Liban. En outre, quelque 400 militaires auraient été tués et 1300 autres blessés.

Cette réticence populaire se refléterait jusqu’aux classes les plus riches, considérées jusqu’à présent comme les alliées inconditionnelles du régime. «Les protestataires sont divisés entre malfrats et manifestants aux revendications légitimes. Mais ceux qui manifestent n’ont pas grand-chose à perdre quelle que soit l’issue de la situation, ce qui n’est pas le cas pour la plupart des Syriens. La réponse du régime est toutefois inadaptée et avec une longueur de retard», critique Salem, un jeune et richissime homme d’affaires syrien.

Le monde des affaires inquiet

L’élite syrienne éviterait les prises de position virulentes par précaution. «Les plus proches du régime se gardent bien de toute déclaration tonitruante en faveur du pouvoir, par peur de représailles», ajoute-t-il.
Rami Makhlouf, cousin germain du président syrien Bachar el-Assad et grand ponte du monde des affaires en Syrie, avait été visé ainsi que 12 autres personnalités syriennes par des sanctions de l’Union européenne. Il avait annoncé le mois passé qu’il se consacrerait aux projets caritatifs et humanitaires.
Salem préfère éviter la polémique, en attendant une sortie de crise. «Que voulez-vous que l’on fasse? Près de 70% de notre fortune est investie en Syrie, notre priorité est de préserver nos intérêts et d’éviter que notre pays ne suive l’exemple de l’Irak», dit-il.
Le régime tenterait de gagner les faveurs de ces Syriens indécis par une impressionnante campagne publicitaire s’égrenant le long des avenues et des rues de Damas, menant vers le centre-ville. Sur des affiches géantes on peut ainsi lire: «Je suis avec la justice», «Je suis avec l’Etat», «Nous sommes tous un», « Dieu te protège Damas».
Les rues d’Abou Roumané, où se trouve l’imposant bâtiment du Four Seasons, sont calmes, pas un touriste ni un soldat à l’horizon.
«Ne vous méprenez pas sur le calme apparent prévalant dans les beaux quartiers, ça bouge tous les soirs dans les banlieues», signale mon taxi, «et ça ne s’arrêtera pas».
Les routes principales seraient bloquées tous les week-ends par les forces de l’ordre. Dans le centre-ville populaire de Damas, des femmes la tête nue ou entièrement voilées font leurs courses, frôlant parfois les costumes des militaires se promenant sur l’avenue de la Révolution.

Un peuple divisé

Ici, le langage se fait moins circonspect et les tensions semblent monter. Dans une ruelle jouxtant la mosquée des Omeyyades, Elias, un marchand chrétien, observe un cortège d’hommes habillés de Salwar Kamis à la mode pakistanaise. Il s’indigne des «Arabes qui veulent manifester à chaque appel à la prière».
D’autres comme Mouheb, un vendeur de tissus, dénoncent la permission accordée par l’Etat pour la tenue d’une réunion d’opposants à Damas, la semaine passée.
Cette réunion tient de la plaisanterie. «Qu’est-ce que ces gens savent de notre pays et de ce dont nous avons besoin? Ce sont des inconscients», souligne-t-il.
La rue syrienne semble se radicaliser de plus en plus, avec une crise qui s’installe dans la durée. Les derniers indécis n’auraient plus voix au chapitre dans une révolution née de la fracture sociale entre nantis et indigents et qui pourrait basculer dans le fanatisme, par manque de réformes réelles et de dialogue. M.A pour Magazine ( Juillet)

Friday, June 10, 2011

Le marché noir des armes du Liban vers la Syrie explose




Une véritable frénésie gagne le marché illégal des armes au Liban, depuis le début des violences en Syrie. Magazine enquête.

Waël exhibe fièrement sa collection d’armes placée bien en évidence sur un canapé défraîchi où ont été alignés côte à côte un AK-47 et un lance-roquettes Energa, très usités dans les combats de rue. «La vente d’armes neuves et d’occasion est en plein essor au Liban ces temps-ci et plus particulièrement depuis le début des événements en Syrie», déclare Waël, un trafiquant d’armes libanais.
Depuis le 15 mars, la Syrie fait face à une vague de contestation populaire sans précédent, opposant des protestataires au régime ou pouvoir depuis plus de 40 ans.
Selon les trafiquants d’armes interviewés par Magazine, le prix des armes moyennes et légères aurait connu une ascension fulgurante ces deux derniers mois. Ainsi les armes de type Kalachnikov (AK-47), les fusils d’assaut M4 et M16, se font de plus en plus rares sur le marché noir libanais. Le M16 est un fusil d’assaut standard adopté par l’armée américaine. La carabine M4 est très prisée par les corps de la Marine de l’armée américaine, servant notamment en Irak et en Afghanistan.
Le prix d’un AK-47 est récemment passé de 850 à 1450 dollars. Le M4 qui se vendait à 5800 dollars coûte désormais 7500 dollars. Les M16 se négocient actuellement à 2500 dollars, connaissant ainsi une appréciation de près de 50%.

Plus cher au Nord
Un autre fusil mitrailleur d’assaut de moyen calibre, le PKC soldé à 3300 dollars l’année passée, vaut aujourd’hui environ 4200 dollars. L’Energa valant précédemment 80 dollars se vend actuellement à 350 dollars. La valeur de son frère jumeau, le lance-roquettes B7 (RPG), s’est considérablement appréciée, passant ainsi de 700 à 1000 dollars.
Les prix varient cependant d’un marché à l’autre. Le Kalachnikov classique qui se vendait entre 1000 et 1200 dollars, il y a deux mois, vaut aujourd’hui 1600 dollars à Beyrouth et 2000 dollars à Tripoli, la capitale du Nord, limitrophe de la Syrie. «Mais c’est à Beyrouth que se fait la majorité des échanges, la capitale libanaise étant la véritable bourse de l’armement du pays», précise Waël.
Le trafic des armes vers le Liban, trouvant souvent son origine en Irak, en passant par la Syrie, connaît aujourd’hui une inversion de la tendance. «De plus en plus de nouveaux clients sont originaires de Syrie. Les trafiquants d’armes ont désormais trois types de clients: des Libanais craignant un phénomène de contagion liée à une période d’instabilité, des Syriens entrés en sédition contre le régime et, finalement, des bandes organisées dont nous ignorons l’identité», affirme Ibrahim, un autre vendeur d’armes.
Les armes disponibles sur le marché noir libanais sont importées par des dealers, dépendant des partis politiques libanais. «Chaque parti possède son propre acheteur, ayant ses entrées dans les salons d’armement internationaux ou ayant des connections en Irak, là où une grande partie des armes fournies par les Américains à la police et à l’armée irakienne est écoulée avant d’être transportée dans des conteneurs à destination du Liban», déclare Waël. «Une partie de la marchandise disponible sur le marché local provient également de vieux stocks datant de la guerre civile (de 1975-1990)», ajoute-t-il.
L’escalade de la violence en Syrie fera sans doute le bonheur des vendeurs libanais qui peuvent espérer un afflux de nouveaux clients… Mona Alami, pour Magazine

Wednesday, May 4, 2011

Karim Bitar, chercheur à l’Iris, «Les pays de la région veulent la stabilité en Syrie»

Que se passe-t-il réellement en Syrie? Magazine a fait appel à Karim Emile Bitar, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris.

Croyez-vous que les Assad soient divisés sur la manière de gérer la crise actuelle en Syrie?
Le régime syrien est l’un des plus opaques au monde. Il est donc difficile de porter un jugement, mais il est vrai que généralement en temps de crise, les anciennes rivalités ont tendance à ressurgir. Dans un premier temps, la gestion des mouvements de protestation a suivi dans une certaine mesure les scénarios qu’on a vus en Tunisie et en Egypte, notamment avec une alternance des pratiques répressives et des promesses de libéralisation et de démocratisation. En janvier dernier, Ben Ali donnait son célèbre discours «Je vous ai compris», en promettant la démocratie. Le lendemain, ses hommes tiraient sur les manifestants désarmés. Mais par la suite, Bachar el-Assad semble avoir choisi la voie du durcissement et de l’intransigeance. Son discours était exempt de toute promesse et n’a pas donné le moindre gage aux réformateurs. Sans doute craignait-il qu’en lâchant un peu de lest, il ne provoque un appel d’air et encore plus de revendications populaires. Ayant vu chuter Ben Ali et Moubarak, il sait que dès que la chape de plomb s’étiole, tout le reste peut s’écrouler. Il a donc choisi de ne rien céder.
On dit souvent que ce n’est pas le président Bachar el-Assad qui gouverne mais sa famille. Cette dernière tenterait de combattre toute tentative de réforme. Qu’en pensez-vous?
Oui, tout à fait. Si Bachar el-Assad veut apaiser la colère populaire, sauver son régime et rester au pouvoir, il aura à prendre des mesures à l’égard de son propre clan. Il devra adopter des réformes radicales qui pourraient déplaire aux membres de sa famille et limoger des responsables de la sécurité qui lui sont apparentés. Et les réformes économiques pourraient avoir des répercussions sur les intérêts de ses cousins Makhlouf. Il n’aura donc probablement pas les moyens d’aller très loin dans les réformes. Plus qu’un homme, c’est un système qui est au pouvoir à Damas.


Quelle est votre analyse de la récente déclaration de Hillary Clinton, la secrétaire d’état américaine, selon laquelle la Syrie n’est pas la Libye…
En qualifiant Bachar el-Assad de «réformateur» et en déclarant que les Etats-Unis n’interviendraient pas en Syrie, Hillary Clinton a rappelé que la Realpolitik l’emportait à Washington sur toute autre considération. C’était également le cas sous l’Administration Bush qui, malgré son soutien prétendu à la démocratisation, n’a jamais suspendu son aide à l’Egypte, l’Arabie saoudite, la Tunisie ou le Yémen, ainsi qu’à bien d’autres régimes. Bill Clinton avait lui aussi admis ceci, en 1994, en déclarant: «Nous faisons fi de tous les principes que nous prétendons défendre». Les Etats-Unis continueront donc de soutenir les régimes autoritaires tant qu’ils sont en harmonie avec les intérêts géostratégiques des Etats-Unis. Ils soutiendront également des régimes comme ceux de la Syrie s’ils estiment qu’ils constituent un moindre mal. Cette attitude changerait uniquement dans le cas où l’équilibre des forces sur le terrain serait modifié. Lorsque la personne au pouvoir ou «l’homme fort» devient tellement impopulaire qu’il se transforme en fardeau comme cela s’est passé en Egypte, les Etats-Unis commencent alors à reconnaître les aspirations à la démocratie et les droits de l’Homme avant de se lancer à la recherche d’un nouvel «homme fort» qui leur permettrait de maintenir les orientations stratégiques essentielles sans trop s’aliéner les populations. Pour comprendre l’avis de Clinton sur la Syrie, il est aussi très important de garder à l’esprit les pressions exercées par Israël, la Jordanie et l’Arabie saoudite sur les Etats-Unis dans le but de maintenir le statu quo au Moyen-Orient. Malgré leurs différences avec les dirigeants syriens, la plupart, sinon la totalité des pays de la région tiennent à préserver la stabilité du régime syrien. Propos recueillis par Mona Alami ( Magazine, Mars)

Dans les rues de Damas, la peur au ventre




Entre les scènes de protestation contre le régime et les manifestations de soutien au président Bachar el-Assad, diffusées sur toutes les chaînes, il est difficile d’établir une distinction entre la réalité et la fiction. Quelle ambiance règne véritablement à Damas?

Le poste frontière de Masnaa est calme en ce lundi matin, peu de voitures ayant tenté le parcours de deux heures entre Damas et Beyrouth. «Le trafic routier s’est nettement ralenti ces deux dernières semaines, depuis le début des troubles», déclare Yasser, chauffeur de taxi, un habitué de ce trajet.
Durant les semaines précédentes, des émeutes, notamment dans la ville portuaire de Lattaquié et dans celle de Deraa, limitrophe de la Jordanie, ont opposé des manifestants aux forces de l’ordre syriennes. Depuis le début des événements, une centaine de personnes auraient été tuées selon des militants et des ONG, une trentaine selon les autorités.
A Masnaa, les voitures sont fouillées minutieusement par des membres des services de renseignement syriens. «Il est interdit aux journalistes de traverser la frontière», déclare notre chauffeur. Samedi dernier, deux journalistes de l’agence de presse Reuters Télévision (le producteur Ayat Basma et le cameraman Ezzat Baltaji) couvrant les manifestations en Syrie avaient disparu. Ils ont été libérés depuis par les forces de l’ordre syriennes.
Les journalistes ne sont pas les seuls frappés d’interdit d’entrée en Syrie. «Il paraît que les douaniers empêcheraient les ouvriers syriens natifs de Deraa travaillant au Liban de rentrer au pays», ajoute le chauffeur. Une information qui n’a cependant pu être confirmée par Magazine.

A Damas, le printemps est déjà là. Dans le quartier chic de Melki, les rues bondées de voitures sont séparées de platebandes couvertes de gazon et de tulipes jaunes et rouges. Le calme règne dans la capitale, loin des clameurs tumultueuses des régions rurales et portuaires, où ont eu lieu les manifestations les plus violentes.
«Ici, le président Bachar jouit toujours d’une certaine popularité bien que la demande pour de plus grandes réformes soit tout à fait justifiée», précise Hilal, un commerçant druze à la retraite. De son luxueux appartement, on distingue au loin la bibliothèque Assad, un bâtiment imposant qui surplombe l’entrée de la ville. «Il y a aussi l’instinct sectaire qui contribue à la tendance du statu quo, les minorités craignant en effet de perdre au change dans le cas d’une prise de pouvoir de la majorité sunnite».
De plus, de nombreuses minorités, représentant près de 25% de la population syrienne, comprenant essentiellement les alawites, les druzes et les chrétiens, craignent la contagion islamiste fondamentaliste. La bourgeoisie syrienne a également peur du changement et redoute le remplacement du régime par un autre, qui pourrait s’avérer pire que le précédent.
«Une certaine ouverture a été pratiquée au niveau économique qui a permis de libéraliser l’activité du marché et la création de la bourse de Damas, dont la classe privilégiée a profité», dixit Hilal. Hôtels de luxe et marques internationales ont désormais pignon sur rue à Damas. Le Four Season et le Sheraton ainsi que des chaînes d’habillement comme Zara ont ouvert leurs portes dans le centre de la capitale.
Conduisant son taxi jaune à vive allure à travers les rues de Damas, Hassan est l’un des rares chauffeurs à accepter de se livrer. «En Syrie, nous avons l’impression qu’il soit permis au président de décider de la politique étrangère du pays sans avoir vraiment le droit de toucher au système et à la politique interne. En effet, trop de personnes influentes de son entourage en profitent», explique-t-il.
Mais pour bon nombre de citoyens, ni la politique étrangère, ni les réformes économiques ne semblent aujourd’hui vitales. «La répression des protestations à Deraa a été alarmante. De nombreux jeunes ayant milité sur Facebook pour le mouvement de révolte ont été arrêtés. Ils sont toujours en prison; il existe donc une contradiction entre le discours rassurant du régime prônant une plus grande ouverture et des réformes politiques et la réalité», souligne Abou Mohammad, un activiste originaire de Deraa.

Les témoignages des opposants ainsi que ceux des partisans du régime concordent cependant sur un point, la plupart des personnes interviewées par Magazine ayant pointé du doigt les Makhlouf, cousins maternels du président. «Ils sont partout, dans toutes les entreprises, dont une part des actions leur est forcément attribuée, que ce soit en leur nom ou en usant d’un prête-nom», se plaint un économiste syrien. Cet entourage est donc à blâmer pour la corruption endémique qui paralyse les institutions. Selon les témoignages, tout investissement d’importance doit obtenir l’aval de la famille Makhlouf. «Une marque de vêtements et d’accessoires s’étant récemment implantée à Damas a été empêchée d’opérer sous des prétextes divers, jusqu’à ce que les propriétaires décident d’octroyer une part des actions à un membre de la famille», explique l’économiste.
Mais à Damas, la méfiance reste maître-mot. Dans le taxi qui nous mène vers le centre-ville, la femme de Hilal interrompt son mari d’un coup de coude alors qu’il émet des critiques sur la performance de… l’équipe syrienne nationale de football. «Il vaut mieux éviter tout commentaire négatif même sur un sujet aussi futile, c’est plus sage, on ne sait jamais si le chauffeur de taxi est un mouchard ou pas», chuchote-t-elle.
Les moukhabarat, les services de renseignement syriens tout-puissants, quadrillent la ville habillés en civil. Ils sont particulièrement nombreux aux alentours du souk al-Hamidiyé. En effet, c’est ici, près de la grande mosquée des Omeyyades, qu’une première manifestation a eu lieu le 18 mars. Le quartier, à fort caractère islamique, traversé de ruelles étroites et d’échoppes hautes en couleur, est l’un des plus animés de la ville. Dans les magasins, des téléviseurs pour la plupart diffusant en continu les informations d’al-Jazeera, ont été disposés derrière un rideau ou à l’étage supérieur. Al-Jazeera est perçue par de nombreux régimes arabes comme un catalyseur du mouvement pro-démocratique arabe.
La rue syrienne est envahie de rumeurs. «On ne sait plus où donner de la tête, on impute les troubles à l’infiltration des manifestations par des éléments armés qui auraient massacré les protestataires, tantôt ce sont les milices de Ribal el-Assad, le cousin du président (écarté du pouvoir), tantôt les Jordaniens ou des militants financés par Saad Hariri», s’inquiète Haytham, un antiquaire du quartier. Mona Alami ( Magazine Mars)

Friday, February 4, 2011

Pas de Mohammad Bouazizi pour le Liban…


Début janvier, Mohammad Bouazizi, universitaire de 26 ans, s’immole pour protester contre les conditions de vie extrêmement difficiles en Tunisie. Au Moyen-Orient, des dizaines d’autres contestataires ont répété l’acte désespéré de Bouazizi, afin d’exprimer leur ras-le-bol face à des pouvoirs corrompus et de plus en plus déconnectés des masses. Mais qu’en est-il du Liban?

«Mohammad Bouazizi n’aurait jamais pu naître citoyen libanais», relève avec cynisme le Dr Talal Atrissi, sociologue et politologue à l’Université libanaise. En quelques jours, le jeune chômeur est devenu le symbole de la Révolution du Jasmin qui provoque le renversement de la dictature du président Zineddine Ben Ali.
«Confrontés à une telle immolation publique, les Libanais réagiraient en se demandant à quelle communauté appartenait le suicidé, et tenterait de justifier son acte désespéré en lui trouvant une explication sectaire». La mobilisation collective engage un cheminement individuel, qui va au-delà des clivages sectaires, donc inapplicable à la réalité libanaise.
La Tunisie est en feu, la mort de Bouazizi, suscite des manifestations violentes contre le régime, se propage avec rapidité de la ville natale du jeune homme, de Sidi Bouzid, vers d’autres villes. La répression policière tente en vain d’éradiquer la rébellion et fait des dizaines de morts. Mais en moins d’un mois, les révolutionnaires tunisiens parviennent à réaliser l’impossible en mettant fin à la dictature du président Ben Ali qui a duré trente ans.

A l’école de Bouazizi
Les masses arabes et africaines semblent avoir été fortement inspirées par le dernier message du jeune vendeur affiché sur Facebook et scandé par des millions de personnes. «Je pars en voyage ma mère, pardonnez-moi. Les reproches sont inutiles. Je m’en vais et ne reviendrai pas ... Les reproches sont inutiles dans ce pays où règne la trahison. Je suis malade et ne suis pas moi-même».
L’acte de Bouazizi a essentiellement trouvé un écho dans les pays partageant certaines similitudes, estime le Dr Atrissi. «Ces pays sont généralement en proie à une corruption rampante, perpétrée par l’élite au pouvoir. Ils souffrent souvent d’une grande pauvreté et d’un taux de chômage élevé. Ces dictatures laissent à leurs citoyens très peu de liberté», relève-t-il. Autre caractéristique contribuant à la formation de mouvements révolutionnaires, l’homogénéité de la société, vecteur essentiel permettant aux citoyens d’éprouver de l’empathie envers d’autres «Bouazizi» auxquels ils s’identifient.

Pourquoi le Liban y échappe-t-il?
«Le phénomène Bouazizi ne pourrait jamais rassembler les Libanais. La hiérarchie politique du pays du Cèdre repose essentiellement sur un partage du pouvoir entre plusieurs communautés, généralement gouvernées par de puissants leaders féodaux», souligne Hilal Khachan, professeur de sciences politiques à l’Université américaine de Beyrouth. «La société libanaise est trop hétérogène. Il y existe des failles profondes tracées par les diverses communautés religieuses», ajoute-t-il.
Les événements de 2005, qui ont suivi l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, confirment cette malheureuse réalité. Le mouvement de protestation qui en découle met en exergue les limites du système libanais, le soulèvement populaire contre la domination syrienne se transformant rapidement en une profonde rivalité sectaire.

Mais à l’exception du Liban, le phénomène Bouazizi fait tache d’huile au Moyen-Orient. Les Egyptiens et les Mauritaniens sont victimes de contagion. En ce moment même, des mouvements de masse ont lieu en Egypte, contre le président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis trente ans. «Ce n’est que le début d’une vague contestataire beaucoup plus large qui va déferler sur les pays arabes et africains. Ce phénomène prendra cependant un certain temps avant de se concrétiser», avance Khachan.

L’effondrement inattendu de la dictature tunisienne et la menace qui pèse en ce moment même sur le régime égyptien vont engendrer de plus en plus d’appels au changement politique. En Egypte, les confrontations entre les militants et la police se sont soldées par plus d’une centaine de morts. «La situation différera d’un pays à l’autre selon le degré de liberté dont jouissent les nationaux et le soutien qu’apporte la communauté internationale à leurs dirigeants», explique Atrissi.

Au Liban, les manifestations contre la cherté de vie, l’inflation et l’augmentation des prix des denrées alimentaires n’aboutissent que très rarement, en raison de leur manipulation par les diverses factions politiques. Une réalité qui a souvent empêché la formation et la propagation d’une réelle contestation à travers l’ensemble des communautés.

Un autre obstacle à la formation de ces mouvements au pays du Cèdre réside dans sa structure politique, le Liban étant une des rares démocraties – il est vrai quelque peu boiteuse – de la région. Ses citoyens jouissent également d’une plus grande liberté d’expression.

La Syrie et la Jordanie protégées
Les autres pays du Levant, à l’instar de la Syrie et de la Jordanie, semblent, pour le moment, être à l’abri d’un danger de sédition. «La Syrie est gouvernée par une minorité religieuse qui ne renoncera pas facilement à ses privilèges sans se livrer à une âpre bataille, à la différence du clan Ben Ali», assure le professeur Khachan. «Ce même scénario a peu de chance de se répéter en Jordanie où les rivalités internes entre citoyens trans-jordaniens et palestiniens-jordaniens sont profondes», ajoute-t-il. Lors des récentes démonstrations, organisées par des mouvements d’opposition dans le royaume hachémite, les protestataires se sont attaqués au gouvernement du Premier ministre Samir el-Rifaï, en évitant soigneusement toute critique du roi Abdallah II. Le gouvernement jordanien a, par ailleurs, répondu en annonçant un plan d’aide de 169 millions de dollars destinés à la population, à la création d’emplois et au financement du prix de certaines matières premières.
Pour Nizar Andary, professeur de filmographie et de littérature à l’université Zayed d’Abou Dhabi, les Libanais devraient commencer par se révolter contre leurs maires, les membres de leur municipalité, leurs patriarches, leurs députés et chefs de clan, «avant de s’unir en un seul front contre l’élite au pouvoir»... Mona Alami pour Magazine

Saturday, March 13, 2010

Les choix d’Israël: attaquer l’Iran, ou faire la paix avec la Syrie, selon Patrick Seale, spécialiste britannique du Moyen-Orient


De passage au Liban pour le lancement de son nouveau livre Riad el-Solh: la lutte pour l’indépendance, Patrick Seale, journaliste britannique et spécialiste du Moyen-Orient, a accordé une interview à Magazine consacrée à la situation politique au Liban et dans l’ensemble de la région.

Q-Quelle est votre analyse de la politique étrangère du président américain Barack Obama, surtout sur la question du Moyen-Orient? Pensez-vous qu’elle sera plus efficace que celle adoptée sous le mandat du président George Bush?
R-Je crois que tout le monde a été déçu par le président Barack Obama, porteur de grands espoirs au lendemain de son élection à la présidence américaine. Il a été certainement distrait par ses problèmes domestiques et l’obstruction systématique de ses initiatives politiques moyenne-orientales par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Ses premières décisions portant sur la région ont été de nommer George Mitchell (l’envoyé spécial pour le Proche-Orient) et de demander le gel de la colonisation israélienne des territoires occupés. Mais cette dernière initiative s’est avérée impossible. Pour ce qui est de la guerre contre le terrorisme, Obama a fini par adopter la même stratégie que son prédécesseur, en étendant le champ de la lutte. Il a également tendu la main à l’Iran, mais cette approche n’a pas été couronnée de succès. Pour sa défense, on peut dire qu’il n’en est toujours qu’à sa première année de mandat présidentiel. Il a donc toujours la possibilité de renverser la tendance, mais je crois cela peu probable, en raison de la forte contestation de l’establishment américain.

Q-Quels sont les puissances régionales qui ont su le mieux tirer profit de ce changement de la politique américaine?
R-Il faut admettre que deux puissances moyennes-orientales ont été particulièrement actives dernièrement: en premier lieu la Turquie, qui a lancé une grande offensive de paix tout en se rapprochant de la Syrie, du Liban, de l’Irak et de l’Iran. Elle a également rejeté toute action militaire contre ce dernier pays. C’est l’unique puissance militaire qui soit bien perçue en Afghanistan et c’est le pays qui a servi de médiateur pour les négociations entre Israël et la Syrie. La seconde puissance que l’on pourrait citer est le Qatar, qui a négocié les accords de Doha ainsi que ceux conclus entre le Soudan et le Tchad, concernant la région du Darfour.

Q-Pensez vous qu’une attaque israélienne contre l’Iran soit vraiment possible? La situation au Moyen-Orient est-elle aujourd’hui aussi dangereuse qu’on serait tenté de le croire?
R-La situation est en effet très volatile: les Israéliens tentent de provoquer une attaque contre l’Iran. Je crois qu’ils prévoiraient de mener une action contre l’Iran qui entraînerait une riposte de ce dernier visant les bases américaines dans le Golfe. La situation est donc très sérieuse, les pays du Golfe étant sur la ligne de feu. Les Israéliens ont aujourd’hui l’impression que leur hégémonie dans la région est en danger. Alors que, durant ces dernières soixante années, les pays arabes n’ont pu contenir la puissance d’Israël, la montée de certains acteurs non-étatiques, comme le Hamas et le Hezbollah d’une part, ainsi que de l’Iran, d’autre part, a permis de modifier la balance des forces au Moyen-Orient. Israël pourrait dont tenter de s’extraire de cette situation soit par une attaque contre l’Iran, ou bien en faisant la paix avec la Syrie.

Q-Quel est le danger d’une guerre entre Israël et le Liban?
R-Une guerre est toujours extrêmement difficile à prévoir. Celle de 2006 a démontré les limites de la défense d’Israël qui a toujours eu pour politique de mener la guerre en territoire ennemi, ce qui n’a pas été le cas lors du dernier conflit (le territoire israélien a en effet été bombardé par le Hezbollah, ndlr). Il se peut, cette fois, que la Syrie et l’Iran interviennent dans l’éventualité d’un nouveau conflit, car ils se trouveraient en danger. Toutefois, pour ces pays, le Hezbollah demeure la ligne de première défense. Netanyahu préfèrerait certainement garder le statu quo actuel, ce qui pourrait cependant s’avérer difficile pour lui. En effet, Israël se trouve sous pression depuis l’assassinat de Mahmoud Mabhouh (un haut responsable du Hamas, ndlr) à Dubaï et le scandaleux siège de Gaza, deux événements qui ont particulièrement terni son image. Les Israéliens sont aussi obsédés par l’Iran et par son programme nucléaire, que personne ne semble pouvoir arrêter. Ils tentent donc d’influencer la communauté internationale, mais inévitablement le Hezbollah fait partie de la défense iranienne.

Q-Dans quelle situation se trouve le Hezbollah aujourd’hui au Liban? Est-il le grand gagnant de la lutte de pouvoir ayant suivi l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri?
R-Le Hezbollah et ses alliés, notamment le Courant patriotique libre (CPL), sont une force dominante au Liban. Depuis que le Liban a réussi à atteindre une certaine stabilité politique, les autres factions ont dû apprendre à gérer cette nouvelle réalité. Il est néanmoins certain que l’idée selon laquelle le Liban pourrait être utilisé contre la Syrie a dû être abandonnée.

Q-Que pensez-vous des articles parus dans certains médias étrangers faisant état d’une possible expansion des activités du Hezbollah en Egypte et au Yémen? Croyez-vous que la lutte secrète opposant le Hezbollah à Israël ait remplacé, pour le moment du moins, l’éventualité d’une guerre conventionnelle?
R-Ces accusations sont peu crédibles: la lutte du Hezbollah contre Israël est avant tout nationale, c’est un mouvement qui est né de l’oppression subie par les habitants du Liban-Sud. Par ailleurs, il est scandaleux que l’Egypte se soit alignée sur Israël en bloquant les tunnels connectant Gaza à l’Egypte, un pays qui était le bastion du nationalisme arabe. La guerre souterraine a de tout temps été pratiquée par Israël qui, dans les années soixante-dix, avait recours au terrorisme étatique pour poursuivre ses ennemis.

Q-Quel est l’état des relations libano-syriennes, aujourd’hui, et comment le régime de Damas perçoit-il le Liban?
R-Les relations qu’entretiennent ces deux pays se sont certainement assainies récemment. La Syrie et le Liban sont deux pays indépendants, unis par des liens familiaux et des intérêts économiques communs. Le dicton ne dit-il pas après tout: un peuple, deux nations? Le divorce entre la Syrie et le Liban ne saurait donc avoir lieu et Damas ne peut, en aucun cas, tolérer un gouvernement hostile si près de sa capitale.

Q-On dit que la tutelle syrienne sur le Liban a été progressivement remplacée par une coalition syro-iranienne et arabe, depuis le retrait syrien…
R-En effet, la carte politique bouge constamment. Mais la relation entre la Syrie et l’Iran date de plus de trente ans, alors que les liens du Liban à la Syrie sont vieux de centaines d’années. Nous avons assisté à la montée de la communauté chiite qui a supporté le poids de l’occupation et constitue un élément important de la mosaïque libanaise. Mais le Liban a toujours été une sorte de mosaïque…

Q-Quel symbolisme attacher à la réunion de Damas entre le président iranien Mahmoud Ahmadinajad, le président syrien Bachar al-Assad et le chef du Hezbollah sayyed Hassan Nasrallah?
R-Le message est on ne peut plus clair: les participants à cette conférence ne peuvent être utilisés les uns contre les autres et la Syrie ne peut accepter un traité de paix séparé. Propos recueillis par Mona Alami( Magazine 12 Mars 2010)


Encadré
Patrick Seale est un journaliste de renommée internationale, spécialiste des questions du Moyen-Orient. Il a rédigé de nombreux ouvrages dont Assad de Syrie: La lutte pour le Moyen-Orient et une biographie d’Abou Nidal, un dissident du Fateh qui s’est rendu célèbre pour ses opérations terroristes. Né en Irlande, il a fait ses études au Collège Saint-Antoine d’Oxford. Il a par la suite travaillé pour l’agence de presse Reuters et le quotidien britannique The Observer.

Friday, February 19, 2010

Contestation chez les Druzes


Un malaise de plus en plus palpable s’est installé dans la communauté druze depuis le désaveu par son chef, Walid Joumblat, du mouvement indépendantiste du 14 Mars, et son rapprochement avec le Hezbollah et la Syrie.

Le linge se lave en famille, mais, ce soir à Aley, une des plus grandes agglomérations druze du Liban, la communauté raconte son « humiliation ». Pour la première fois, les membres de cette petite communauté de près de 250,000 membres livrent leur déception face au volte face spectaculaire de leur leader Walid Joumblat. Ce dernier, règne en chef incontesté sur la montagne, depuis l’assassinat de son père Kamal en 1977, par les Syriens.

En 2005, à la suite de l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri le 14 Février, un crime largement imputé à la Syrie, Joumblat prend la tête du mouvement anti-Syrien du 14 Mars dans sa révolte contre le pouvoir de Damas. Un soulèvement pacifiste qui met fin, en Avril 2005, à une occupation vieille de 30 ans. Joumblat, alors sûr du soutien américano-européen multiplie les invectives à l’encontre des hommes forts de Damas et de leurs alliés libanais dont le Hezbollah.

« Nous étions plein de fierté de voir notre leader s’imposer dans ce combat viscéral contre la Syrie, préservant notre indépendance et pavant la voie à l’établissement d’un état fort », raconte Naji Alamé, un ancien combattant druze ayant participé à la guerre de 83 entre Druzes et Chrétiens.

Pour un membre de Parti Socialiste Progressiste- PSP- (dirigé par Joumblat), le mouvement du 14 Mars était une sorte d’assurance-vie protégeant la communauté et sa descendance, cette minorité ne pouvant survivre qu’à l’ombre d’un état séculier.

Ce 14 février 2010, près de cinq ans après le rassemblement monstre du 14 mars durant lequel 1,5 millions de personnes ont scandé « la Syrie dehors », le chef du PSP visite la tombe du premier ministre assassiné, Place des Martyrs, prenant rapidement congé, contrairement à son habitude, en laissant derrière lui, son fils et ses ministres Akram Chehayeb et Wael Abou Faour. « Nous n’avons pas été mobilisés pour participer à la manifestation contrairement aux années précédentes», signale un membre du PSP. Une voiture circulant à Aley avec des posters de Rafic Hariri aurait même été interceptée par la police municipale, proche du PSP.

Certains milieux druzes influents jugent la désaffection de Joumblat, prévisible. « Sa visite au tombeau de Hariri fut une formalité, faite uniquement pour rassurer Saad Hariri( l’actuel premier ministre libanais), qui serait un grand pourvoyeur de fonds pour les œuvres caritatives de la famille Joumblat soutenant les Cèdres du Chouf et le festival de Beiteddine», murmure-t-on.

« Joumblat n’a pas été le grand absent de la Place des Martyrs, il a tout simplement fait son devoir d’amitié envers Rafic Hariri et son fils Saad, sans plus », répond le député et ancien ministre Marwan Hamadé. Cela n’était une surprise pour personne, puisque les prémices de cette participation dans sa forme et ses limites étaient apparues progressivement depuis le 7 juin 2009, c'est-à-dire au soir des élections législatives», assure le député. Ce dernier reconnait que la mouvance du 14 Mars, qui s’était habituée à la présence active de Joumblat, a sans doute été déçue de ne pas l’entendre à la tribune. Joumblat aurait donc tourné la page du 14 Mars sans pour autant en renier les acquis, au nombre desquels figurent le tribunal spécial pour le Liban, l’instauration de relations diplomatiques avec la Syrie, la formation du cabinet d’union nationale ainsi que l’apaisement relatif du climat confessionnel.

« Ce bouleversement », ajoute Hamadé en commentant la position de Joumblat, «laisse évidemment des blessures dans les esprits et des perturbations dans les équilibres politiques. Mais il faut comprendre Joumblat : j’ai vécu avec lui la première épreuve de Mai- Juin 77- après l’assassinat de son père Kamal- lorsqu’il décidât, pour des raisons liées à la sécurité de la montagne et la survie de ce qui restait de la gauche libanaise, de prendre le chemin de Damas. Je le comprends sur le fond. Sur la forme, si je trouve à redire, c’est à lui que je m’adresserais », ajoute le député.

Tarek Radwan, un habitant de Aley s’indigne de la position délicate dans laquelle les Druzes se trouvent aujourd’hui. « Nous ne sommes plus des interlocuteurs crédibles aux yeux des autres communautés. Joumblat a commencé par s’attaquer aux chrétiens qu’il a qualifiés de « mauvaise graine ». Il se met maintenant à dos la communauté sunnite », s’insurge le jeune homme.

Sa femme, Suzanne, une inconditionnelle du leader druze, se demande cependant, où était passé son vote, en faisant référence à l’opposition affichée par le PSP contre le Hezbollah, accusé d’être un état dans l’état, lors des élections législatives de 2009.

« Le Hezbollah n’a même pas présenté des excuses pour les événements du 7 Mai. Nous avons perdu de nombreux jeunes lors des combats de Choueifat, alors que d’autres à l’instar de Bachir Chehayeh, Majd Zahalan et Rabih Mrad étaient kidnappés ici même à Aley », se souvient ce membre du PSP. Le 7 Mai le Hezbollah a tenté d’investir les régions druzes de Aley Choueifat et du Chouf, ainsi que la ville de Beyrouth, attaque ayant mené à des batailles entre les deux camps. D’autres tels M. Radwan ne comprennent pas la position jusqu’au-boutiste de Walid Joumblat. « La réconciliation était sans doute nécessaire, mais les concessions accordées par Joumblat au Hezbollah et à la Syrie n’ont pas été réciproques, il ne fallait pas pour autant se mettre à genoux », signale-t-il, en faisant allusion au retard dans le rendez-vous demandé par Joumblat en Syrie, étape qui permettrait de clore le chapitre de la réconciliation.

Certains comme Wael Hassan croient à un calcul de la part du leader Druze. « Joumblat a choisi de se tourner vers le centre, position tout à fait honorable. Il a choisi le chemin de la réconciliation en faisant il est vrai certaines concessions. Mais si elles ne sont pas accompagnées par des gestes conciliants de la part de l’autre bord, Joumblat reviendrait sans doute à ses positions antérieures », explique-t-il.

Certains milieux influents druzes ne se montrent pas aussi compréhensifs. Ils parlent d’un véritable sentiment d’humiliation qui porterait sur la forme même des nouvelles positions affichées, d’autres politiciens avant Joumblat ayant opéré des rajustements politiques douloureux sans aller aussi loin dans les concessions. « Les Druzes qui s’opposent à cette volte-face ne veulent pas d’un Walid Joumblat humilié, car son humiliation les affecte personnellement, en raison du fort sentiment clanique qui règne dans la communauté et de son identification au Zaim ou au Bey », estime-t-on.

Ce sentiment entraîne un manque de confiance dans la vision de leur chef, vision jugée infaillible, Joumblat étant souvent décrit par ses supporters comme possédant « des antennes lui permettant de percevoir l’avenir ».
« Alors qu’ils attribuaient auparavant ces retournements à la sensibilité à fleur de peau de Joumblat, ils se demandent aujourd’hui s’ils ne se s’étaient tout simplement pas trompés, c’est un vrai dilemme pour tout le monde », confie-t-on.

Le malaise des Druzes se ressentirait jusque dans les réunions du PSP, bastion de la famille Joumblat. « Les réunions ayant eu lieu la semaine passée à Aley, n’ont rassemblé que quelques dizaines de participants alors que plus d’une centaine y étaient conviés », dixit le membre du PSP.

M. Alamé estime que de nombreux Druzes ont décidé de quitter le navire piloté par Joumblat. « Nous ne sommes pas des moutons », s’indigne le membre du PSP qui ajoute que pour la première fois la communauté a violemment contesté les prises de positions de Joumblat.


« Walid Joumblat a lui-même reconnu l’existence d’un malaise mais la configuration politique et sociale de la communauté me porte à croire qu’elle préférera préserver son unité», précise toutefois M. Hamadé.

Hamadé a lui décidé de rester fidèle au Rassemblement Démocratique tout en restant attaché au 14 Mars et « à ce qu’il représente pour une majorité des libanais et surtout pour une jeunesse qui aime cette foule bigarrée et multiconfessionnelle ayant lancé la Révolution du Cèdre ». « Le Liban peut se targuer d’être le défenseur de nos causes nationales en tête desquelles figure la Palestine. Il faut cependant que le Liban survive pour assumer son rôle qui n’est pas seulement de servir de chair à canon à tous les systèmes dictatoriaux ou intégristes de la région.

Dans un pays où le sentiment communautaire est plus fort que tout, tout nouveau danger, réel ou imaginaire, pousserait les Druzes à se ranger derrière leur leader, à moins qu’une nouvelle mouvance, moins entachée par les jeux de la politique libanaise ne prenne la relève…En espérant l’avènement d’un nouveau chef qui réponde mieux aux attentes de la communauté…
Mona Alami, Magazine du 19 Février

Tuesday, February 16, 2010

Tripoli: La Guerre Oubliée

Deux bombes ont été découvertes la semaine passée dans le quartier de Jabal Mohsen à Tripoli. Avec la multiplication des incidents sécuritaires, la capitale du nord est sous les feux de la rampe depuis l’année 2005 et la question des armes revient sur les devants de la scène.

Tripoli fait régulièrement la une des journaux, que ce soit en raison de la guerre de Nahr el-Bared, d’attentats contre des bus transportant des militaires ou des civils, des conflits intercommunautaires entre alaouites et sunnites, ou de discordes claniques. «Avec l’incident de Deir Ammar, le mois passé, nous avons réellement l’impression que l’on tente de ternir l’image de la ville Tripoli», commente Cheikh Bilal Chaaban, chef du parti du Tawhid, proche du Hezbollah. Allusion à la fermeture de la route côtière par des habitants en colère qui protestaient contre les coupures d’électricité.
Selon cheikh Chaaban, le problème majeur auquel la ville se trouve confrontée aujourd’hui peut être attribué à la tension qui prévaut depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005, un crime imputé au régime syrien, ce qui a ravivé par des souvenirs douloureux entre sunnites et alaouites à Tripoli.

La réconciliation entre les diverses factions tripolitaines, initiée en septembre 2008 par l’actuel Premier ministre Saad Hariri et son prédécesseur Fouad Siniora, n’aurait pas engagée les grandes familles ennemies, notamment les Badawi, Kawas, Mrad et Shamra. «Ce rapprochement devrait se poursuivre, surtout depuis la réconciliation entre le Liban et la Syrie, qui s’est cristallisée par la visite du Premier ministre libanais à Damas», met en exergue cheikh Chaban.
Une opinion que partage en partie l’ancien député de Tripoli Mosbah al-Ahdab. «Le processus de réconciliation entamé l’année passée est resté incomplet puisque les armes n’ont pas été ôtées des mains des différentes factions. Le contrôle des armes devrait être uniquement l’apanage de l’Etat», ajoute le député.
A quelques kilomètres du quartier d’Abi Samra, bastion du salafisme au Liban, se dresse Jabal Mohsen, secteur attitré de la communauté alaouite. En cet après-midi, les habitants du quartier s’activent, circulant dans les rues, ou faisant quelques emplettes dans les magasins. Selon Ali, propriétaire d’une petite menuiserie, la situation sécuritaire s’est nettement améliorée depuis l’attaque aux grenades energa sur un café du coin, il y a près de deux mois. «Les habitants de Jabal Mohsen et du secteur attenant de Bab el-Tebbané (à majorité sunnite) se déplacent facilement entre les deux quartiers depuis quelques semaines», raconte Hamid, le propriétaire d’une épicerie.
Un peu plus loin, à proximité de la bifurcation menant au quartier sunnite de Qobbé, des hommes vêtus de couleurs sombres sont postés aux intersections, semblant surveiller les allées et venues des habitants.
A l’entrée de Qobbé, véritable ligne de démarcation, des immeubles calcinés, criblés de balles, témoignent de la violence des combats ayant eu lieu en 2008 entre les communautés alaouites et sunnites. Ahmad Abboud est le propriétaire d’une pharmacie, récemment rachetée à un alaouite. «Il a décidé de quitter le quartier en raison de l’instabilité qui y règne en permanence», explique-t-il. Selon le jeune pharmacien, seuls les résidents sunnites seraient restés dans ce secteur autrefois mixte, à l’exception de quelques rares familles alaouites.
«Bien que la situation se soit calmée, des conflits éclatent souvent entre des familles des deux bords, se terminant généralement en rixes ou en pare-brises fracassés. Certains en arrivent parfois à dégainer leurs armes sans toutefois tirer», déclare Khaled el-Ali, un ami de Abboud. En possession d’armes, el-Ali insiste cependant sur le fait qu’il ne s’en déferrera pas tant que les partisans de Ali Eid, l’ancien député alaouite «s’accrocheront aux leurs».
Selon une source au sein de l’armée ayant préféré conserver l’anonymat, les deux factions sunnites et alaouites disposeraient d’armes, distribuées à la rue sunnite à la suite de tiraillements entre les habitants de Bab el-Tebbané et de Jabal Mohsen, alors que les alaouites en auraient reçu de l’Armée syrienne avant son retrait du Liban. «Afin de contrôler leur partisans, les chefs des diverses factions ont interrompu le ravitaillement en munitions aux chefs de milices responsables de chaque quartier, ce qui a contribué à réduire la fréquence des conflits, sans que les armes ne soient confisquées», commente la source. Cette dernière ajoute également que le Hezbollah aurait retiré les armes des mains de certains habitants, en les rachetant au prix fort, afin de minimiser les incidents entre familles ou chefs de clans.
Une autre source, cette fois politique, a toutefois ajouté que certains chefs de milice de quartiers auraient changé de veste, abandonnant ainsi le mouvement du Futur au profit du Hezbollah. «Le Hezbollah tente de former une alliance militaire en s’associant à des chefs de quartiers jouissant d’un certain pouvoir», commente la source en citant le nom de certaines familles comme les Hussami, les Allouti et les Assouad.
Dans le secteur de Qobbé, des miliciens en tenue de combat, se détendent en jouant aux cartes. «Ce quartier est une ligne de démarcation, mon grand-père ainsi que mon cousin ont été tués par les alaouites en 1983», raconte Abou Chebab, un milicien portant la barbe typique des salafistes. Son compagnon Abou Chahid, lui, estime que toute discorde entre le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et le Premier ministre Saad Hariri ferait des victimes dans la région qui se trouverait de par son histoire, naturellement impliqué dans le conflit.
«Depuis le retour au calme, le prix de la kalachnikof a certainement baissé. Notre quartier est cependant, en moyenne tous les quatre ans, déchiré par les luttes armées, ce qui laisse présager un renouvellement des hostilités dans les deux prochaines années», ajoute Abou Chebab tout en haussant les épaules, d’un air blasé. Publié dans Magazine le 5 Février.