Ci-dessous, une traduction approximative de l’entrevue de Nawaf Fares, ambassadeur syrien entré en dissidence contre le Regime Assad et publié par Joshua Landis.
Des factions jihadistes que M. Fares aurait aidées à envoyer combattre les troupes américaines postées en Irak auraient été impliquées dans les attentats-suicide en Syrie. Les attaques auraient été menées sur ordre du régime d'Assad, afin de discréditer la rébellion. « Au début de la révolution, l'État a tenté de convaincre les gens que les réformes seraient adoptées très prochainement. Nous avons tablé sur cet espoir pendant un certain temps. Nous leur avons donné lebénéfice du doute, mais après de nombreux mois, il est devenu clair que les
promesses de réforme n’étaient que des mensonges ». M. Fares accuse le gouvernement
syrien d’être derrière la vague d'attentats-suicide ayant entraîné des
centaines de morts et des milliers de blessés dont deux explosions devant un
bâtiment du renseignement militaire dans la banlieue de al-Qazzaz de Damas au
mois de Mai et ayant tué 55 personnes et blessé 370 autres.
«Je sais avec certitude qu’aucun fonctionnaire des services de renseignement n’a été blessé lors de cette explosion, le bureau ayant été évacué 15 minutes avant cette dernière ».
« Après l'invasion de l'Irak en 2003, le régime Syrien a formé une alliance avec al-Qaïda afin de
perturber ( l’activité) des forces américaines en Irak ». Tous les Arabes ont été encouragés à se rendre en Irak via la Syrie, et cela a été facilité par le gouvernement syrien qui disposait de plusieurs officiers de liaison en contact avec la mouvance radicale. « Le gouvernement syrien souhaite utiliser al-Qaida comme une monnaie d'échange avec l'Occident »
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Monday, July 16, 2012
Thursday, May 10, 2012
La Syrie : un scénario entre l’Irak de Saddam Hussein et le Liban de la guerre civile.
Bachar al-Assad va sans doute parvenir à s’accrocher au pouvoir encore
quelques années. Mais le régime est très affaibli, il n’a plus la
capacité de verrouiller le pays sur le plan sécuritaire : violences et
attentats à la bombe vont donc se poursuivre comme au Liban durant les années
de la guerre civile. Mais comme l’Irak sous Saddam Hussein, la Syrie aura le
statut de paria. La possibilité d’une "irakisation" du conflit à long-terme semble toutefois peu probable, les proportions démographiques n’étant pas les mêmes. Il est vrai qu'il existe un déséquilibre militaire (en faveur des Alaouites), mais le déséquilibre démographique est par contre nettement en faveur des sunnites ce qui raccourcira sans doute la durée du conflit civil…
quelques années. Mais le régime est très affaibli, il n’a plus la
capacité de verrouiller le pays sur le plan sécuritaire : violences et
attentats à la bombe vont donc se poursuivre comme au Liban durant les années
de la guerre civile. Mais comme l’Irak sous Saddam Hussein, la Syrie aura le
statut de paria. La possibilité d’une "irakisation" du conflit à long-terme semble toutefois peu probable, les proportions démographiques n’étant pas les mêmes. Il est vrai qu'il existe un déséquilibre militaire (en faveur des Alaouites), mais le déséquilibre démographique est par contre nettement en faveur des sunnites ce qui raccourcira sans doute la durée du conflit civil…
Monday, April 26, 2010
Zarqa:Berceau du salafisme jordanien
La ville jordanienne de Zarqa défraie la chronique internationale depuis déjà des années. En effet, c’est dans cette ville que des de nombreux salafistes, prônant un islam plus radical, sont nés. Le plus illustre portait le nom d’Abou Missaab al-Zarqaoui. Aperçu.
Occupant un territoire triangulaire, se prolongeant de la capitale jordanienne Amman jusqu’à la frontière saoudienne, Zarqa, la ville «bleue», est un paysage minéral façonné par des blocs de gravas, semblant se reproduire à l’infini. Dans cette cité de près d’un million d’habitants, les femmes sont entièrement voilées de la tête aux pieds. De temps à autre, des femmes revêtues de la burqa noire (un vêtement atypique dans ce pays qui pratique un islam modéré) les doigts recouverts de longs gants sombres, circulent dans la rue, accompagnées d’hommes en salwar Qamiz. Ce vêtement, un ensemble pantalon-chemise longue, est l’habit préféré des islamistes pakistanais et des salafistes qui se revendiquent d’un islam pur.
«C’est dans les années 80 que le mouvement salafiste du Tabligh wa Daawah, (L’appel à l’islam) apparaît dans les rues de Zarqa», déclare le professeur Mohammed Masri du centre d’études stratégiques à l’Université jordanienne. Ce courant est concomitant à la guerre d’Afghanistan contre l’Union soviétique (1979-1989) qui constitue une page tournante dans l’inconscient collectif islamiste. «Le Salwar Qamiz remplace alors graduellement l’habit bédouin dans cette région», explique le professeur Masri.
L’invasion de l’Irak par les forces américaines en 2003, radicalise la rue arabe. Zarqa n’échappe pas à la poussée des extrémistes qui trouvent un terreau fertile dans cette ville ouvrière à grande concentration palestinienne et fortement marginalisée. Abou Missaab al-Zarqaoui, commandant d’al-qaïda en Mésopotamie et né Ahmad Fadil al-Nazal al-Khalayleh, endosse la responsabilité des attentats simultanés de trois hôtels à Amman en 2005, qui font 54 morts. Zarqaoui tient son nom de la ville bleue dont il est originaire. Mais il n’est pas le seul jordanien accusé de terrorisme, à être natif de cette région. En effet, Humam Khalil Abu-Mulal al-Balaawi, l’auteur de l’attentat suicide du 30 décembre 2009, ayant causé la mort de neuf personnes sur une base américaine en Afghanistan, est lui aussi, originaire de Zarqa. Al-Balaawi, jeune médecin jordanien, devient après l’invasion américaine de l’Irak un fervent supporter d’al-Zarqaoui, avant de se convertir à l’islam Jihadiste. Le médecin de 32 ans est engagé par les services de renseignements jordaniens pour espionner les moudjahidins au Waziristan (zone tribale pakistanaise) et en Afghanistan. Chargé de rencontrer des agents de la CIA en Afghanistan, il décide, après avoir consulté le conseil de la Choura d’al-qaïda, de venger la mort de Zarqaoui dans un attentat suicide, le 30 décembre 2009.
Selon une étude entreprise en 2006, près de 30% des habitants de Zarqa, interrogés après la mort d’Abou Missaab al-Zarqaoui, auraient considéré la mort du terroriste comme «une mauvaise chose». «Près de 5% à 7% de ces personnes ont ajouté partager les valeurs de Zarqaoui. Ce qui veut dire que près de 7% de la population de Zarqa, pourrait en théorie, adhérer au salafisme-jihadiste», souligne une source s’exprimant sous couvert d’anonymat.
Le Front d’Action Islamique (FAI), Jamaat al-Amal al-Islami, la branche politique des Frères musulmans, perdrait du terrain face aux factions les plus radicales. «Les manifestations de ce parti rassemblaient par les passé des milliers de protestataires, alors qu’aujourd’hui, elle n’en n’attirent que quelques centaines», ajoute le professeur Masri. L’islam des frères musulmans serait-il en perte de vitesse? Mohammad Zayoud, représentant du FAI à Zarqa, se contente de commenter: «Les salafistes de Zarqa ne font pas de politique, ils existent en marge de la société». Inquiétant, lorsque l’on sait que les salafistes radicaux préfèrent généralement ne jamais se mêler à la société civile, accusée «d’apostasie»… Publié dans Magazine le 23 Avril
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Tuesday, March 16, 2010
François Bassil, PDG de la Byblos Bank :«Nous sommes prêts à refinancer la dette»
Le Dr François Bassil, président de la Byblos Bank, l’une des plus importantes institutions financières du Liban, a fait part, récemment, des réticences du secteur bancaire à poursuivre le financement de la dette publique, déclaration qui a provoqué bien des remous. Magazine revient sur le sujet alors que l’examen du budget 2010 est à l’ordre du jour.
Q-Les banques libanaises financeraient près de 58% de la dette publique. Quel danger représente pour elles l’augmentation du risque souverain et comment se reflèterait-t-il sur leur notation dans l’éventualité d’une dégradation du contexte politique?
Les banques libanaises sont des entreprises d’intérêt public qui fonctionnent avec des dépôts publics et sont soumises à des règlementations rigides. Elles jouent donc un rôle primordial dans l’économie et nous tenons à ce que ce secteur demeure en excellente santé! Les banques ont un client majeur, l’Etat, qui est, par définition, très solvable et absorbe aujourd’hui près de 55% de leurs moyens financiers; sa santé est donc une priorité. Nous avons aujourd’hui atteint un pourcentage de crédit à l’Etat que nous ne pouvons pas dépasser. Nous sommes, toutefois, prêts à reconduire le financement de cette dette jusqu’à l’amélioration de l’état de santé de notre client. Evidemment! Une dégradation du risque souverain se répercuterait sur la dette…
Q-De nombreux économistes ont critiqué l’augmentation significative du budget 2010, critiques que vous semblez partager, notamment pour ce qui est de l’augmentation des taxes. Quels sont les points faibles de ce projet de budget? L’absence de réformes est-elle l’une des préoccupations majeures du secteur bancaire?
Nous ne disposons toujours pas de chiffres précis relatifs au budget de 2010, mais je crois savoir que l’augmentation des dépenses ordinaires est de l’ordre de 2 000 milliards de livres libanaises. L’Etat libanais doit faire un grand effort pour remédier à son déséquilibre et mettre fin à la dilapidation des revenus publics. Un autre effort doit être entrepris pour réformer les finances du gouvernement, notamment par des mesures d’austérité et la rationalisation des dépenses. Dans le secteur bancaire, nous sommes prêts à financer les projets d’infrastructure d’intérêt public qui pourraient être ainsi attribués au secteur privé. Mais bien sûr il faut avant tout adopter des mesures de réforme et l’établissement d’une administration probe et active, reposant sur des organismes de contrôle efficaces. Pour ce qui est du secteur de l’électricité, le déficit de l’EDL a atteint 2 300 milliards de livres libanaises l’année passée. Les banques sont prêtes à trouver des investisseurs et à lever les deux ou trois milliards de dollars nécessaires à la refonte du secteur, je n’utilise pas le mot privatisation dans ce cas, mais de concession, type BOT (Build, Operate, Transfer) avec des actifs qui reviendraient à l’Etat après une certaine période. Le gouvernement s’obstine cependant à investir directement, en attendant de voir plus tard! Je crois que près de 80% des Libanais sont en mesure de faire face à une augmentation des coûts de l’électricité, d’autant que la plupart d’entre eux ont recours à des distributeurs privés. Mis à part le secteur de l’électricité, des économies doivent être réalisées au niveau des différents ministères. En 2009, les recettes totales ont connu une croissance de 25%, rapidement absorbée par l’augmentation des dépenses. La hausse des impôts est évidemment destinée à éviter une aggravation de la dette mais nous sommes d’avis que les dépenses ne doivent pas être augmentées, mais rationnalisées.
Q-Le Premier ministre Saad Hariri a inscrit dans le budget 2010 de nombreux projets de développement, ce qui contribue en partie à gonfler le déficit, estimé à quatre milliards de dollars. Vous avez fait part des réticences du secteur bancaire à financer ce déficit par l’achat de bons de Trésor. Quels seraient les autres outils économiques à la disposition du gouvernement?
Je suis favorable à des dépenses d’investissements mais, encore une fois, certaines réformes entreprises par l’Etat pourraient passer par le secteur privé, comme je l’ai énuméré plus haut. Et cela pour éviter d’alourdir la dette. En effet, les prêts prévus par la conférence de Paris III, bien qu’avantageux, restent tout de même des prêts.
Q-Le financement massif de la dette par les banques libanaises se répercuterait-il négativement sur leur expansion à l’étranger ainsi que sur le niveau de crédits qu’ils accorderaient aux entreprises?
Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’impact direct sur le crédit accordé aux entreprises par les banques libanaises, en raison de l’augmentation substantielle du niveau des dépôts l’année précédente, qui était de l’ordre de près de 20%, alors que les crédits au secteur privé ont connu une croissance de 14%. Il n’y a donc pas assez de projets privés, notamment en raison de certains obstacles administratifs. Les trois milliards de dollars d’investissements étrangers reçus par le Liban en 2009 se sont orientés pour la plupart vers le secteur immobilier qui n’est pas un secteur producteur d’emplois. Ces investissements sont aussi très inégaux à travers les régions libanaises. Cependant, il est certain que l’excédent dont jouissent les banques libanaises, en partie grâce à la confiance de nos clients libanais et étrangers, favorise notre expansion à l’étranger et la stabilité politique va encourager les investissements étrangers au Liban.
Q-Le divorce à l’amiable du duo Audi-Hermes est-il le reflet de la politique de la Banque centrale qui verrait ainsi d’un mauvais œil toute fusion entre les banques libanaises et des institutions étrangères?
Pas nécessairement. Il est vrai que dans le cas où une société étrangère tente d’imposer sa politique de crédit à une banque libanaise, la banque centrale se doit d’intervenir, afin de protéger les intérêts des épargnants libanais. Il se peut aussi qu’un désaccord sur la stratégie d’expansion à adopter ait entrainé cette décision.
Q-De moins en moins d’opérations de fusions-acquisitions ont lieu sur le marché local qui est dominé par de grandes banques parfaitement déployées sur l’intégralité du territoire. Quelle valeur ajoutée peuvent apporter de petites institutions aux banques Alpha?
Je crois que le scénario le plus probable résiderait dans une consolidation du secteur avec des opérations de fusion entre les petites banques, ce qui permettrait une facilitation des opérations de tutelle et une plus grande concentration du secteur. Le ralentissement des opérations de fusions peut, sans doute, être attribué à la structure même des banques libanaises, pour la plupart des banques familiales, dont les propriétaires craignent une dilution de leur pouvoir. Mais un jour, il n’y aura plus de succession possible ce qui favorisera les opérations de fusion. Il devient également de plus en plus coûteux de gérer une banque, notamment pour ce qui est de l’apport des nouvelles technologies et du capital humain ainsi que du risque de gouvernance, ce qui pourrait favoriser également la tendance. Pour les banques importantes, ce type de fusion avec de petites institutions représente peu d’intérêt.
Q-La banque Byblos a récemment annoncé l’ouverture d’une nouvelle succursale à Bagdad. Quelles opportunités représente le marché irakien, toujours très instable, pour les banques libanaises?
L’Irak représente un marché extrêmement prometteur, c’est une économie considérable de près de 30 millions d’habitants qui dispose des deuxièmes réserves de pétrole au monde. Une fois sa stabilité assurée, l’Irak offrira d’énormes opportunités aux banques étrangères étant donné que le secteur reste très fractionné et sous capitalisé. Nous collaborons depuis très longtemps avec l’Irak. Nous avons ouvert une branche à Irbil et une autre à Bagdad et nous prévoyons prochainement l’ouverture de deux autres succursales, l’une dans la ville de Najaf et l’autre à Bassora. Propos recueillis par M. A. pour Magazine du 12 Mars 2010.
Q-Les banques libanaises financeraient près de 58% de la dette publique. Quel danger représente pour elles l’augmentation du risque souverain et comment se reflèterait-t-il sur leur notation dans l’éventualité d’une dégradation du contexte politique?
Les banques libanaises sont des entreprises d’intérêt public qui fonctionnent avec des dépôts publics et sont soumises à des règlementations rigides. Elles jouent donc un rôle primordial dans l’économie et nous tenons à ce que ce secteur demeure en excellente santé! Les banques ont un client majeur, l’Etat, qui est, par définition, très solvable et absorbe aujourd’hui près de 55% de leurs moyens financiers; sa santé est donc une priorité. Nous avons aujourd’hui atteint un pourcentage de crédit à l’Etat que nous ne pouvons pas dépasser. Nous sommes, toutefois, prêts à reconduire le financement de cette dette jusqu’à l’amélioration de l’état de santé de notre client. Evidemment! Une dégradation du risque souverain se répercuterait sur la dette…
Q-De nombreux économistes ont critiqué l’augmentation significative du budget 2010, critiques que vous semblez partager, notamment pour ce qui est de l’augmentation des taxes. Quels sont les points faibles de ce projet de budget? L’absence de réformes est-elle l’une des préoccupations majeures du secteur bancaire?
Nous ne disposons toujours pas de chiffres précis relatifs au budget de 2010, mais je crois savoir que l’augmentation des dépenses ordinaires est de l’ordre de 2 000 milliards de livres libanaises. L’Etat libanais doit faire un grand effort pour remédier à son déséquilibre et mettre fin à la dilapidation des revenus publics. Un autre effort doit être entrepris pour réformer les finances du gouvernement, notamment par des mesures d’austérité et la rationalisation des dépenses. Dans le secteur bancaire, nous sommes prêts à financer les projets d’infrastructure d’intérêt public qui pourraient être ainsi attribués au secteur privé. Mais bien sûr il faut avant tout adopter des mesures de réforme et l’établissement d’une administration probe et active, reposant sur des organismes de contrôle efficaces. Pour ce qui est du secteur de l’électricité, le déficit de l’EDL a atteint 2 300 milliards de livres libanaises l’année passée. Les banques sont prêtes à trouver des investisseurs et à lever les deux ou trois milliards de dollars nécessaires à la refonte du secteur, je n’utilise pas le mot privatisation dans ce cas, mais de concession, type BOT (Build, Operate, Transfer) avec des actifs qui reviendraient à l’Etat après une certaine période. Le gouvernement s’obstine cependant à investir directement, en attendant de voir plus tard! Je crois que près de 80% des Libanais sont en mesure de faire face à une augmentation des coûts de l’électricité, d’autant que la plupart d’entre eux ont recours à des distributeurs privés. Mis à part le secteur de l’électricité, des économies doivent être réalisées au niveau des différents ministères. En 2009, les recettes totales ont connu une croissance de 25%, rapidement absorbée par l’augmentation des dépenses. La hausse des impôts est évidemment destinée à éviter une aggravation de la dette mais nous sommes d’avis que les dépenses ne doivent pas être augmentées, mais rationnalisées.
Q-Le Premier ministre Saad Hariri a inscrit dans le budget 2010 de nombreux projets de développement, ce qui contribue en partie à gonfler le déficit, estimé à quatre milliards de dollars. Vous avez fait part des réticences du secteur bancaire à financer ce déficit par l’achat de bons de Trésor. Quels seraient les autres outils économiques à la disposition du gouvernement?
Je suis favorable à des dépenses d’investissements mais, encore une fois, certaines réformes entreprises par l’Etat pourraient passer par le secteur privé, comme je l’ai énuméré plus haut. Et cela pour éviter d’alourdir la dette. En effet, les prêts prévus par la conférence de Paris III, bien qu’avantageux, restent tout de même des prêts.
Q-Le financement massif de la dette par les banques libanaises se répercuterait-il négativement sur leur expansion à l’étranger ainsi que sur le niveau de crédits qu’ils accorderaient aux entreprises?
Jusqu’à présent, il n’y a pas eu d’impact direct sur le crédit accordé aux entreprises par les banques libanaises, en raison de l’augmentation substantielle du niveau des dépôts l’année précédente, qui était de l’ordre de près de 20%, alors que les crédits au secteur privé ont connu une croissance de 14%. Il n’y a donc pas assez de projets privés, notamment en raison de certains obstacles administratifs. Les trois milliards de dollars d’investissements étrangers reçus par le Liban en 2009 se sont orientés pour la plupart vers le secteur immobilier qui n’est pas un secteur producteur d’emplois. Ces investissements sont aussi très inégaux à travers les régions libanaises. Cependant, il est certain que l’excédent dont jouissent les banques libanaises, en partie grâce à la confiance de nos clients libanais et étrangers, favorise notre expansion à l’étranger et la stabilité politique va encourager les investissements étrangers au Liban.
Q-Le divorce à l’amiable du duo Audi-Hermes est-il le reflet de la politique de la Banque centrale qui verrait ainsi d’un mauvais œil toute fusion entre les banques libanaises et des institutions étrangères?
Pas nécessairement. Il est vrai que dans le cas où une société étrangère tente d’imposer sa politique de crédit à une banque libanaise, la banque centrale se doit d’intervenir, afin de protéger les intérêts des épargnants libanais. Il se peut aussi qu’un désaccord sur la stratégie d’expansion à adopter ait entrainé cette décision.
Q-De moins en moins d’opérations de fusions-acquisitions ont lieu sur le marché local qui est dominé par de grandes banques parfaitement déployées sur l’intégralité du territoire. Quelle valeur ajoutée peuvent apporter de petites institutions aux banques Alpha?
Je crois que le scénario le plus probable résiderait dans une consolidation du secteur avec des opérations de fusion entre les petites banques, ce qui permettrait une facilitation des opérations de tutelle et une plus grande concentration du secteur. Le ralentissement des opérations de fusions peut, sans doute, être attribué à la structure même des banques libanaises, pour la plupart des banques familiales, dont les propriétaires craignent une dilution de leur pouvoir. Mais un jour, il n’y aura plus de succession possible ce qui favorisera les opérations de fusion. Il devient également de plus en plus coûteux de gérer une banque, notamment pour ce qui est de l’apport des nouvelles technologies et du capital humain ainsi que du risque de gouvernance, ce qui pourrait favoriser également la tendance. Pour les banques importantes, ce type de fusion avec de petites institutions représente peu d’intérêt.
Q-La banque Byblos a récemment annoncé l’ouverture d’une nouvelle succursale à Bagdad. Quelles opportunités représente le marché irakien, toujours très instable, pour les banques libanaises?
L’Irak représente un marché extrêmement prometteur, c’est une économie considérable de près de 30 millions d’habitants qui dispose des deuxièmes réserves de pétrole au monde. Une fois sa stabilité assurée, l’Irak offrira d’énormes opportunités aux banques étrangères étant donné que le secteur reste très fractionné et sous capitalisé. Nous collaborons depuis très longtemps avec l’Irak. Nous avons ouvert une branche à Irbil et une autre à Bagdad et nous prévoyons prochainement l’ouverture de deux autres succursales, l’une dans la ville de Najaf et l’autre à Bassora. Propos recueillis par M. A. pour Magazine du 12 Mars 2010.
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